Abbé Ludovic Girod
Prieur de Prunay - Notre-Dame de Fatima
En ce mois de rentrée scolaire,
il nous faut organiser notre nouvelle
année et faire des choix pour nos activités.
Je voudrais revenir une nouvelle
fois sur l’importance capitale de l’instruction chrétienne, et
ceci quel que soit notre âge, et sur l’importance de lui
consacrer une partie de notre emploi du temps.
L’instruction catéchétique touche en premier lieu les
enfants et les adolescents, qui consacrent leurs jeunes
années à apprendre ce qui leur sera nécessaire pour tenir
leur place dans la société. Que tous ceux qui n’ont pas la
possibilité de fréquenter une école véritablement catholique
suivent un cours sérieux de catéchisme. L’offre du Prieuré
est suffisamment étoffée et souple pour convenir à tous. Il
est vrai que si l’on met le violon, le judo et l’équitation
avant le catéchisme, peu de temps
restera pour ce dernier. Il faut simplement
mettre le catéchisme en
premier, car c’est sa place :
« Sans
la foi, il est impossible de plaire à
Dieu » (Hebr. XI, 6). Le Bon Dieu
ne nous jugera pas sur notre art
équestre, mais sur notre foi et notre
fidélité à suivre ses commandements,
bref, sur notre charité. Le pape saint Pie X enseignait
dans son encyclique Acerbo nimis, que « là où l’esprit est
enveloppé des ténèbres d’une épaisse ignorance, il est
impossible que subsiste une volonté droite et de bonnes
moeurs ».
Mais cette obligation de s’instruire dans les vérités
de la foi touche aussi les adultes de toute condition. En tant
que baptisés, ils sont tenus de suivre une formation continue
dans les connaissances dogmatiques. Et que l’on ne vienne
pas m’objecter que le sermon dominical suffit à la tâche. Saint Pie X répond dans l’encyclique citée en imposant aux
prêtres de faire un catéchisme pour adultes :
« Mais surtout
à notre époque, les adultes n’ont pas moins besoin que
la jeunesse de l’instruction religieuse ; c’est pourquoi,
outre l’homélie accoutumée sur l’Evangile qui doit être
donnée tous les jours de fête pendant la messe paroissiale, à
l’heure jugée la plus propice à l’affluence du peuple, mais
en dehors de l’heure consacrée à l’instruction des enfants,
tous les curés et tous ceux qui ont charge d’âmes feront le
catéchisme aux fidèles en un langage facile et adapté à leur
intelligence. »
Saint Pie X s’adresse aux curés, non aux
fidèles : apparemment, il suffisait à son époque qu’une telle
instruction fût délivrée dans la paroisse pour que les fidèles
y participassent. De tels cours ont bien lieu à Reims deux
mardis par mois. Que vos bonnes résolutions et la grâce de
Dieu fassent que l’assistance y soit plus nombreuse.
Je voudrais également aborder la question de la catéchèse
telle qu’elle est pratiquée dans les paroisses et les institutions
de l’Eglise conciliaire et voir à quel point la transmission
de la foi, et donc l’accès à la vie éternelle, a été touchée
par de telles pratiques. Cette analyse met également en
relief ce que doit être véritablement un cours de catéchisme.
Notons tout d’abord un changement sémantique très
éclairant : le catéchisme, qui mettait l’accent sur les vérités
objectives enseignées, a laissé la place à la catéchèse, qui
insiste sur l’acte existentiel de proposer la foi. Tout un symbole.
Une analyse succincte de la catéchèse post-conciliaire
fait apparaître que les changements ont affecté d’une part
la forme de l’enseignement et d’autre part son contenu.
En ce qui concerne la forme, le bouleversement le
plus évident est le passage d’une
forme didactique à une forme heuristique.
Je m’explique. Enseigner
de manière didactique, c’est présenter
de manière claire et précise
les vérités que l’on veut transmettre,
seule manière adéquate lorsqu’il
s’agit de la Révélation divine
transcendante à laquelle adhère
l’intelligence humaine par l’obéissance de la foi. D’où des
définitions, des propositions claires, des affirmations précises
et certaines présentées sous forme d’une succession de
questions et de réponses. Tout cela est bien oublié, ou plutôt
sciemment rejeté . L’enfant devra trouver lui-même ses
vérités de foi en interrogeant sa propre expérience ou en
exerçant son libre examen sur des extraits scripturaires :
c’est la méthode heuristique. Les citations abondent dans ce
domaine, notamment lors du synode de 1977 consacré à la
nouvelle catéchèse. Le Père Arrupe, préposé général des
jésuites, y combattit les « définitions complètes, strictes,
orthodoxes, car elles pourraient aboutir à une forme aristocratique
et enveloppante ». Pour l’évêque de Saragosse, la
catéchèse « doit promouvoir la créativité des élèves, le dialogue,
la participation active, sans oublier qu’elle est action
d’Eglise ». Le Père Hardy, des Missions Africaines, affirma
que « la catéchèse [devait] porter à faire l’expérience du
Christ ». Il y a ici une confusion typiquement moderniste
qui rabaisse la foi surnaturelle au niveau d’une expérience
sensible. Le catéchisme est, de soi, formellement, connaissance
et non expérience, bien qu’il débouche sur une vie
conforme aux exemples du Christ. Le catéchisme Pierres
vivantes, imposé en France à l’exclusion de tout autre catéchisme
en 1982, se contente de proposer des textes
bibliques éclairés selon la méthode historico-critique et
confie à l’examen du catéchisé le choix d’y croire ou non.
L’instruction a fait place à la recherche, les réponses existentielles
ont remplacé les convictions intellectuelles.
De la même manière, la méthode de mémorisation
traditionnelle, qui fait apprendre par coeur des définitions
techniques, est vilipendée et disqualifiée : il ne s’agit pour
nos pédagogues modernes que de psittacisme, alors que
c’est le principe de toute culture. La plupart des enfants
ayant subi de nombreuses années de catéchèse ne connaissent
ni le Notre Père, ni le Je vous salue Marie et sont bien
incapables de vous citer le moindre article du Credo.
Avec ces changements de forme, ce sont aussi des
changements en profondeur du contenu qui affectent la nouvelle
catéchèse, selon trois directions différentes : la dilution
des vérités de foi, qui sans être niées ne sont plus exposées
clairement, des affirmations hétérodoxes, qui sont en
contradiction avec les vérités de foi, et l’introduction de tout
un fatras social et politique étranger à la transmission de la
foi. La dilution des vérités vient du changement même du
mode d’exposition : si c’est à l’enfant de se forger une idée
de la foi à partir de son vécu et de textes épars, aucune définition
précise ne lui sera proposée. C’est aussi une manière
de taire la foi sans s’opposer aux définitions dogmatiques.
Ainsi, dans Pierres vivantes, l’Immaculée Conception, l’enfantement
virginal ou la Maternité divine de Marie sont
éclipsés : Marie est simplement « une jeune fille de
Palestine, que Dieu a choisie pour être la mère de Jésus ».
Les propositions hérétiques se retrouvent principalement
dans le fumeux Catéchisme hollandais, qui va jusqu’à la
négation des anges, du diable, du sacerdoce sacramentel, de
la présence réel ou de l’union dans la personne du Verbe de
la nature divine et de la nature humaine.
Peu ou prou, tous
les catéchismes modernes vont dans le même sens. Je vous
recommande la lecture instructive d’une petite plaquette de
l’Action Familiale et Scolaire : Le sacrifice de la messe
dans la nouvelle catéchèse et dans le nouvel ordo, qui montre
qu’il y a une parfaite symétrie entre les manques de la
nouvelle messe et les erreurs enseignées dans les nouveaux
catéchismes. Enfin, les catéchismes, vidées de leur substance
doctrinale, se sont remplis des bruits du monde et de la
bien-pensance d’inspiration marxiste. Comme le disait un
évêque du Kenya au synode de 1977, « la catéchèse doit
s’employer à dénoncer les injustices sociales… et à défendre
les initiatives de libération sociale des pauvres ».
De tels changements ont entraîné une disparition
quasi complète de la foi catholique dans les jeunes générations
et une désaffection grandissante des cours de catéchisme.
De 80% d’enfants fréquentant le catéchisme en 1970,
nous sommes passés à moins de 40% en moyenne. Les évêques
ne savent plus quoi faire pour enrayer la chute. A
défaut de revenir sur les méthodes et le contenu, les évêques
de l’Ouest se sont lancés dans d’onéreuses campagnes de
publicité : « Fais la pause Caté ». Oui, sauf qu’avec un
caté « décatéiné », privé de toute substance doctrinale,
cela n’a plus aucun goût. Halte aux ersatz.
Signalons, pour la simple curiosité, la « rythmocatéchèse
» : un enseignement qui passe par la parole, la
mélodie et le geste. Il s’agit de mimer en chantant les textes
sacrés. Le Journal des Paroisses de Reims en parle, avec
une photo à l’appui : une groupe de catéchistes à plat ventre
en cercle. Ils doivent être en train de mimer l’histoire de
Jonas.
Face à ce désordre pandémique, les autorités romaines
tentent bien de réagir, mais sans vrai résultat. Le cardinal
Ratzinger, alors Préfet de la Congrégation pour la
Doctrine de la Foi, s’était rendu en France en 1983 pour
faire deux conférences retentissantes dans lesquelles il
dénonça les « misères de la catéchèse actuelle », critique
non dissimulée de Pierres vivantes. Mais le tollé fut tel chez
les évêques de France, que le cardinal dut se rétracter dans
un texte convenu avec l’épiscopat.
La publication du Catéchisme de l’Eglise Catholique
(1992) puis de son Abrégé (2005), de nouveau disposé
sous forme de questions et de réponses, manifeste la
volonté de proposer un texte de référence précis à la foi des
fidèles. Hélas, ces textes réalisent une synthèse dialectique
entre la foi catholique traditionnelle et les erreurs du Concile
Vatican II. Leur forme plus classique ne les rend que
plus insidieux.
Face à ce constat, n’abandonnons pas le combat du
catéchisme, tenons à nos bons catéchismes exempts de toute
erreur, comme celui du Concile de Trente ou celui de saint
Pie X, et faisons tous nos efforts pour nous former d’abord,
puis pour attirer toutes les âmes de bonne volonté à l’enseignement
de la foi.
Abbé Ludovic GIROD
Note : de nombreuses citations de cet éditorial sont
tirées du chapitre consacré à la catéchèse du maître livre de
Romano Amerio, Iota Unum (Nouvelles Editions Latines,
Paris, 1987).