Un des caractères les plus saillants de l'Église catholique
est l'indifférence avec laquelle elle reçoit les menaces
de mort. Depuis la volonté éradicatrice d’Hérode, il
n’est pas un siècle qui n’ait prédit son imminente disparition.
Annoncer la fin de l'Église et de la Papauté est en
effet une maladie bien ancienne. Au fils des siècles ces
voix ont passé, et l’Eglise est demeurée seule à ne point
passer… Et si l’on savait regarder l’histoire, on verrait
que la sérénité dans l’épreuve est la marque de l’Eglise.
Plus que jamais pourtant, ses ennemis de toute sorte
crient sa dernière heure arrivée. Voir l’Eglise affaiblie et
dépeuplée alimente la verve de ces faux prophètes. Elle se
meurt, disent les uns dans un cri de triomphe, parce que la
voici délaissée et abandonnée, bientôt désappropriée de
ses édifices en ruines. Elle se meurt, prétendent les autres
dans une lamentable odeur de désespoir, parce que ses
prêtres ne sont plus prêtres, ses évêques plus évêques, et
son pape plus pape. Elle se meurt, disent-ils tous. Les uns
exultent grassement, les autres fuient. C’est que les uns et
les autres ont oublié ce qu’était l’Eglise. Elle, quoiqu’il en
soit des faiblesses de ses membres, elle marche et elle
chante. L’Eglise chantait dans les catacombes, elle chantait
entre les mains des bourreaux. Elle continue à chanter
aujourd'hui, en sa liturgie comme en de très nombreuses
âmes. Quelque crise que l'Église ait traversée, jamais on
n’a pu obtenir d’elle qu'elle cessât de célébrer son éternelle
vie, et de la célébrer en chantant.
L'erreur, elle, ne sait pas chanter. Tout juste hurle-t-elle
lorsqu’elle croit saisir sa victoire. Elle la hurle avec
dissonance, parce qu’elle la sait éphémère. Les mélodies
paisibles lui sont inconnues. Ses porte-voix ne clament
pas leur bonheur – depuis quand l’erreur rendrait-elle heureuse
? – mais laissent seulement éclater qui son orgueil
qui sa jalousie ; la jalousie assouvie dans la mort de l’être
honni, ou l’orgueil qui se repaît de la prétendue chute
d’autrui pour mieux se croire le dernier debout.
Ce désir furieux de constater la mort de l'Église a
son explication : la mort de l’Eglise serait la preuve de
son mensonge. Les hommes, eux, ont l'habitude de mourir
; et leur mort, loin de renverser leur gloire, la commence.
La mort consacre l'homme, elle lui ouvre les portes de
la mémoire, voire de l’histoire. Mais pour une religion qui
a promis d'être immortelle, la mort s’identifie au déshonneur.
Voilà pourquoi les ennemis de l'Église ont soif de sa
mort.
Face à tous ces hargneux, l’Eglise professe sa foi en
Celui qui a les paroles de vie éternelle, en Celui qui est la
Vie, qui est sa vie. Avec autant d’humilité que de reconnaissance,
elle distribue un pain qu’elle sait être gage d’éternité.
Et sa sérénité au sein des cris environnants témoigne
magnifiquement de la Parole reçue : « Celui qui croit
en moi ne verra jamais la mort ». A ses fils peut-être
ébranlés, l’Eglise rappelle que c’est à l’heure même de la
Passion qu’elle reçut de son divin Epoux l’ultime testament
: « Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix. » A
cette paix forte et sereine, nous reconnaîtrons que nous
vivons en fils de l’Eglise.
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