On lit dans les Actes des Apôtres
un mot que saint Pierre
rapporte comme venant de
Notre-Seigneur : « Il y a plus de joie
à donner qu’à recevoir. » Essayons
de revenir à ce temps béni des débuts
de l’Église où, à l’imitation du Christ
et des premiers chrétiens, il venait
de soi d’aider, spontanément, chacun
donnant de sa personne, de son
temps, de ses énergies, pour le profit
du prochain. Il me semble qu’il est bon aujourd’hui de raviver la flamme
qui vacille en ce domaine, avant
qu’elle ne s’éteigne et que l’on parle
du don de soi, gratis, comme d’un
souvenir des temps antiques, passés
et révolus. Un peu comme les objets
de valeur que l’on contemple à travers
une vitrine, classés dans le rayon
« Antiquités ».
À vous confier le fond de ma pensée,
je vous avoue être bien étonné de
la mentalité qui s’installe de plus en
plus dans nos rangs. « Ils n’en mouraient
pas tous, mais tous étaient
atteints… » Nous faisons des comptes
d’épicier. Tout ce qui n’est pas
rétribué, monnayé, est si difficile à
obtenir. Voulez-vous lire une petite
histoire ? La voici : un jeune garçon
donna un jour à sa maman une facture,
pour tous les travaux et menus
services qu’il lui avait rendus : pour
être allé acheter du pain, 1,50 € ; pour
avoir mis la table trois fois, 0,45 € ;
pour avoir balayé la cuisine pendant
une semaine, 3 €. Pour ne pas alourdir
la facture, je vous fais grâce de
quelques frais. La maman prit la note
de son cher petit, régla l’addition et
quelques temps plus tard, lui donna la
sienne : pour les nuits passées à son
chevet quand il était malade : rien ;
pour les repas depuis sa naissance
jusqu’à maintenant : rien ; pour les
vêtements et les médicaments achetés
: rien ; pour tout : RIEN. Les yeux
humides, après avoir avalé sa salive,
l’enfant demanda pardon à sa maman
qui s’était tant donnée pour lui. La leçon
avait porté ses fruits.
Rendre service va à l’encontre de
l’égoïsme, du petit confort douillet.
Ne disons pas : « J’ai déjà donné ! »
Avoir une telle attitude n’est pas digne d’un chrétien. Il nous arrive de vouloir
rendre service, mais au moins,
que cela se sache et soit vu ! Cette
attitude n’est pas meilleure, elle est
simplement intéressée. On voudrait
bien donner un peu, même beaucoup
au besoin, mais en retour être gratifié,
honoré, reconnu. Comme cette
disposition n’est pas chrétienne…
Faire des tâches ménagères, telles
qu’en font toutes les mamans chez elles,
n’est pas déshonorant, que je sache.
Nous apprenons ici à nos élèves
à manier le balai, à retrousser leurs
manches pour nettoyer les toilettes, à
faire la vaisselle. Cela va de soi. Sans
doute tout cela doit-il être surveillé,
afin que les poussières, d’un coup de
balai un peu vif, ne disparaissent pas
sous les meubles…
Quittons résolument cet esprit qui
tue les âmes : « J’ai déjà donné… »
Pauvres êtres qui en sont arrivés à
ce point, je les plains amèrement.
Souhaitons qu’ils se réveillent, en
écoutant la parole salvatrice : « Tout
ce que vous aurez fait au plus petit
d’entre les miens, c’est à Moi que
vous l’aurez fait. »
Le plus bel acte de service gratuit
et sans retour n’est-il pas la venue au
monde du Messie ? C’est pour nous,
ce n’est pas pour lui, qu’il s’est incarné
: pour notre salut. C’est l’acte
de bienveillance et de bienfaisance
le plus total et le plus plénier qui ait
jamais existé. Noël est vraiment la
mise en place de ce service généreux,
spontané de la part de Dieu qui, par
amour pour nous, déchus de notre dignité,
a mis « les mains dans le cambouis
», jusqu’à mourir pour nous
sauver, nous apprenant qu’il n’y a
pas de plus beau cadeau que de donner
sa vie pour ceux que l’on aime.