Fideliter 171 : le chapitre général de juillet 2006
LE CHAPITRE
GÉNÉRAL DE 2006
ABBÉ MICHEL BEAUMONT
La Fraternité Saint-Pie X va connaître dans quelques semaines son
troisième Chapitre général ordinaire, au cours duquel, notamment,
sera élu le Supérieur général pour les douze années à venir. Qu'est-
ce qu'un Chapitre général? Comment se déroule-t-il? Qui en fait
partie ? Quelles sont les règles de l'élection du Supérieur général ?
Telles sont les questions auxquelles nous avons tenté de répondre.
Le Chapitre général
(qui, dans d'autres in
tituts, peut prendre un nom
différent : chez les Jésuites,
Congrégation générale) est
l'instance suprême et extraordinaire de la Fraternité
Saint-Pie X (l'instance ordinaire étant le Supérieur général assisté de son Conseil).
Le Chapitre est le seul habilité, si le besoin s'en faisait
sentir, à modifier les Statuts.
Le Chapitre général statutaire (ou « ordinaire ») se
réunit tous les douze ans. La
Fraternité Saint-Pie X ayant
été fondée en 1970, le troisième Chapitre général sta-
tutaire aura lieu à partir du
lundi 3 juillet 2006.
Le Supérieur général peut
convoquer, pour des raisons
exceptionnelles, un Chapitre
extraordinaire : le cas ne s'est
pas présenté jusqu'ici
.
Enfin, le Supérieur Général peut convoquer un « Chapitre d'affaires», qui ne
regroupe que les supérieurs
en charge et qui n'a voix que
consultative (il ne s'agit pas
d'un Chapitre général au
sens propre).
Le but premier et essentiel du Chapitre général
ordinaire (comme celui de
2006, donc) est de procéder
à l'élection du Supérieur général et de ses Assistants.
Son but second est de
«vérifier si la Fraternité Saint-
Pie X applique consciencieusement les Statuts et s'efforce
d'en garder l'esprit ».
Le Chapitre général se
compose d'abord de personnes désignées par leur « ofice», c'est-à-dire par leur
charge dans l'ouvre.
Par office
Ce sont :
- le Supérieur général et
ses deux Assistants ;
- les évêques ;
- les anciens Supérieurs
généraux;
- Le Secrétaire général et
l'Économe général ;
- les supérieurs de district ;
- les directeurs de séminaires majeurs ;
-les supérieurs de maisons
autonomes.
Le Chapitre se compose
ensuite des membres prêtres
les plus anciens, qui n'ont
pas les charges ou offices
précités, « dans la proportion
d'un tiers des membres par
office ».
Les « anciens»
Les membres du Chapitre
de 2006 seront au nombre
de 40. Et 30 d'entre eux le seront au titre de leur office.
Les membres par ancienneté, «dans la proportion
d'un tiers des membres par
office », sont donc quant à
eux au nombre de 10 (un
tiers de 30) et représentent
au final un quart du Chapitre. Ces « anciens » ont fait
leurs engagements dans la
Fraternité Saint-Pie X entre
1971 (pour les deux plus anciens) et 1974 (pour les deux
plus récents). Ils ne sont pas
dépourvus d'expérience de
commandement : on y trouve
notamment trois anciens supérieurs de district et un ancien supérieur de séminaire.
Une palette
variée
II faut noter que le Chapitre, qui regroupe des personnes ayant de hautes charges
ou une grande ancienneté
dans l'ouvre, présente néanmoins une palette humaine
variée, gage d'un regard multiple et sage sur le réel.
Par exemple, si le plus âgé
des capitulants a 66 ans, le
plus jeune n'a que 32 ans. Le
prêtre le plus ancien dans le
sacerdoce a été ordonné en
1972, tandis que le plus récent n'a été ordonné pour sa
part qu'en 2001 (et les deux
séries parallèles ne coïncident
pas).
Les Français représentent
20 capitulants (dont 5 seulement résident en France),
soit la moitié exactement. Ce
chiffre est supérieur au poids
des Français dans la Fraternité Saint-Pie X, où ils représentent un tiers des effectifs.
En fait, la proportion est respectée dans les membres par
office : les Français sont alors
11 sur 30 capitulants. Mais les
anciens font basculer cette
parité: les Français y sont
9 sur 10, témoignage qu'à
ses tout débuts la Fraternité
Saint-Pie X recrutait d'abord
en France.
France
et Europe
La domination des Européens, en revanche, est écrasante : ils représentent 32 capitulants. Ces Européens sont
issus de six pays : Allemagne,
Autriche, Espagne, France,
Grande-Bretagne et Suisse.
Les huit non Européens se
détaillent ainsi: un Australien, un Africain du Sud, deux Argentins, deux Canadiens et
deux États-uniens. Le monde
slave, l'Asie, l'Afrique noire,
le Maghreb n'ont donc, pour
le moment, pas de représentants au Chapitre. L'Amérique latine est encore faiblement représentée, et même
les États-Unis.
Préparation
du Chapitre
Avant de se dérouler, le
Chapitre est préparé. Tout
d'abord, chaque membre de
la Fraternité est invité à présenter ses suggestions. De
son côté, le Supérieur général et son Conseil préparent
les matières à soumettre au
Chapitre, ainsi qu'un rapport
sur la Fraternité Saint-Pie X
au cours du mandat écoulé.
Pendant ce temps, le Secrétaire général établit, selon
les Statuts, la liste des capitulants, qui est définitivement
fixée (sauf décès) six mois
avant le Chapitre. Le même
Secrétaire classe et rassemble
en un seul document les suggestions arrivées à la Maison
généralice.
Puis le Secrétaire général
expédie à chacun des capitulants la liste des membres
du Chapitre et le document
de synthèse des matières et
des suggestions, pour étude
personnelle et réflexion. Pen-
dant ce temps, on offre dans
toute la Fraternité Saint-Pie X
des prières spéciales pour implorer les lumières du Saint-
Esprit sur le futur Chapitre.
A leur arrivée au Chapitre,
pour se disposer à agir selon
l'Esprit divin, les capitulants
suivent une retraite spirituelle d'au moins trois jours.
Élection
du Supérieur
Après ces préliminaires
spirituels, ont lieu les prestations de serment prévus par
le droit canonique, la vérification des titres des membres
présents à participer au Chapitre, le rapport du Supérieur
général sortant, et diverses
réunions préparatoires. Puis
vient l'élection du nouveau
Supérieur général et de ses
deux Assistants, à bulletins
secrets.
Le Supérieur général doit
être élu avec au moins deux
tiers des voix. Les deux assistants doivent être élus avec la
majorité absolue. Tous trois
doivent être prêtres, avoir au
moins trente ans et être engagés définitivement dans la
Fraternité Saint-Pie X.
Un autre,
ou le même ?
Le Chapitre général réélira-t-il l'actuel Supérieur général, ou en choisira-t-il un
autre ? Étudions brièvement
les raisons en faveur de l'une
ou l'autre option.
Le premier argument
pour un éventuel renouvellement du mandat actuel provient des Statuts eux-mêmes :
Mgr Lefebvre a évoqué ce cas
dans la première phrase qui
traite du Supérieur général :
« Le Supérieur général et ses
deux Assistants sont élus par
le Chapitre général pour douze ans. Ils sont rééligibles. »
Mais on peut retourner
cette même phrase des Statuts en faveur de l'élection
d'un Supérieur nouveau,
même si cet argument reste
plutôt implicite. On peut
raisonnablement estimer, en
effet, que Mgr Lefebvre, en
accordant au Supérieur général un mandat long, a voulu lui permettre de réaliser une
politique suivie, avec l'idée
qu'au terme du mandat, un
autre le remplacerait et mènerait une politique éven-
tuellement différente.
L'expérience
Le deuxième argument
en faveur d'une réélection
est celui de l'expérience. Un
nouveau Supérieur aurait
besoin d'une ou deux années
pour se mettre au courant
de toutes les affaires, tandis
qu'après douze ans à la tête
de l'ouvre, le Supérieur sortant serait immédiatement
opérationnel et bénéficierait
de tout son savoir-faire.
A cet argument dont la
valeur apparente est grande,
il faut opposer celui d'une
approche renouvelée des
problèmes par un nouveau
Supérieur, donc d'une capacité différente à les résoudre et
à les affronter. Si l'argument
de l'expérience était déterminant à lui seul, les responsables ne devraient jamais
être changés : ce qui n'est ni
raisonnable, ni conforme à la
pratique usuelle de l'humanité.
Le troisième argument
en faveur d'une réélection
est celui de l'habitude. Après
douze ans, les qualités (et les
défauts) du Supérieur sortant
sont connues et tous savent
dans quelle direction et de
quelle manière il mènera
l'ouvre. Tandis que confier
la Fraternité à un autre, c'est
faire un saut dans l'inconnu.
L'habitude,
la notoriété
Un argument parallèle est
celui de la notoriété. Le Supérieur sortant est bien connu,
ce qui est un avantage pour
représenter l'ouvre. Tandis qu'une « nouvelle tête »
mettrait plusieurs années à
se faire connaître, ce qui réduirait d'autant l'efficacité
de son gouvernement durant
ce délai.
Ces deux arguments ne
sont toutefois pas réellement déterminants. Certes,
il est très humain de vouloir
conserver ce que l'on connaît
bien : « Un tiens vaut mieux
que deux tu l'auras. » Mais
suivre universellement cette
règle, sans tenir compte des
circonstances, des personnes,
du besoin de renouvellement
de toute société humaine,
c'est ouvrir la porte à la routine et à l'encroûtement.
Comme on le voit, il
n'existe aucun argument
absolument probant dans
un sens ou dans un autre. Et
c'est bien ainsi que le veulent
les Statuts. Ce sera aux capitulants, éclairés de la lumière
du Saint-Esprit et faisant
usage de leur raison, à choisir librement l'homme (un
autre ou le même) qui gui-
dera sagement la Fraternité
Saint-Pie X durant les douze
prochaines années.
Suite
du Chapitre
Après cette élection, le
Chapitre n'est pas achevé.
Il se continue, au contraire,
sous la présidence du nouveau Supérieur général.
Le Chapitre étudie les diverses questions (celles de la
Maison généralice, celles des
membres de la Fraternité, celles soulevées au sein même
du Chapitre) et vote, à la majorité absolue, des résolutions
qui auront force de loi pour
la Fraternité Saint-Pie X.