Billetin du Tiers-Ordre séculier pour les pays de langue française
Editorial de Monsieur l'abbé Louis-Paul Dubroeucq, aumônier des tertiaires de langue française
Cher frère. Chère sœur,
La Réparation, tel est le thème qui a retenu notre attention pour ce bulletin.
Nous y avons placé un large extrait de l'encyclique Miserentissimus Redemptor du
Pape XI sur la réparation due par tous au Sacré-Cour de Jésus, que nous vous invi-
tons à lire et à méditer attentivement. La doctrine de l'Église y est clairement exposée. Aussi bien, les autres articles de ce bulletin visent-ils davantage à encourager,
à stimuler notre volonté soutenue par la grâce, à répondre, à la suite des saints, à
cet appel de l'Église, qui se fait l'écho des appels pressants à la réparation, du
Sacré-Cour de Jésus et du Cour Immaculé de Marie.
La Réparation diffère de l'expiation.
« On expie le péché pour le dominer, on
répare ensuite les désastres qu'il a causés. Ceux-ci sont de deux sortes : affaiblisse-
ment et insensibilité dans l'ordre surnaturel. » (Mgr Gonon, Jésus agonisant, Lyon,
1925, p.10 ).
Après le péché, l'âme est affaiblie. La vigueur de la volonté est atténuée, sinon
détruite. Le sacrifice la retrempe. Contemplons Jésus, en Son agonie; II souffre atro-
cement, volontairement. Par Son Fiat II a rendu sa volonté invincible... Par nos Fiat répétés à la volonté de Dieu, aux actes de renoncement qu'il nous demande, nous
rendrons à notre volonté la force perdue par nos fautes.
Le péché répété rend l'âme insensible.
« Le péché mortel fréquent oblitère le
sens moral; le péché véniel crée des illusions, alourdit le cour, obscurcit l'esprit. On
ne sent plus Dieu, on ne voit plus la vérité, on devient indélicat. » (Mgr Gonon, op.
cit., p.11-12).
Jésus a souffert aussi en sa sensibilité exquise.
« II épuise la possibili-
té de souffrir, réparant ainsi nos endurcissements, compensant ce qu'ils nous ont
fait enlever, reruser, à la gloire de Dieu. » (Mgr Gonon, op. cit. , p.l2).
Imitons-le,
soyons attentifs à plaire à Dieu en toutes nos oeuvres. Rien n'est petit pour celui qui
aime. C'est par un renoncement quotidien que nous y parviendrons.
« Le plaisir de
mourir sans peine vaut bien la peine de vivre sans plaisir », disait sainte Thérèse
d'Avila.
« Le péché est un refus d'amour, la réparation sera donc une restitution
d'amour, mais dans la norme où le refus s'est produit. Or le refus d'amour qui
constitue le péché s'est affirmé par un abus de jouissances; on n'a pas voulu ce que
Dieu voulait. Pourquoi? Pour jouir/ ou dans son corps ou dans son esprit, ou dans
sa volonté, ou dans son coeur. La restitution d'amour, pour réparer, apportera donc
au lieu de la jouissance, la souffrance. » (Mgr Gonon, Retraite, 4-12 mars 1942).
La pénitence exige la souffrance de l'amour réparateur; celle-ci est nécessaire
car nous sommes tous pécheurs.
« Sans effusion de sang, il n'y a pas de rémission»
(Heb. IX, 22).
Il a fallu le sacrifice de Jésus pour obtenir le pardon. Cependant
l'Apôtre ajoute ailleurs :
« J'achève dans ma chair ce qui manque à la Passion du
Christ, pour son Corps qui est l'Église. » (Col. 1,24),
nous faisant comprendre ainsi
la théologie de la Réparation. Certes il ne manque rien à la Passion de Jésus-Christ,
mais il lui faut un rayonnement extérieur et une coopération réceptive de la part
des âmes.
« L'Église a besoin des âmes qui s'immolent comme de la messe; elle vit
du sacrifice de Jésus-Christ continué de ces deux manières.» (Mgr Gay).
« Lorsque le Sacré-Cour invite les âmes à la réparation, que leur propose-t-
il? La plus haute perfection dans l'ordre de la charité, je veux dire l'imitation des
trois actes d'amour dont le Cour de Jésus nous a donné le parfait modèle: prendre
sur soi les péchés du prochain et même du monde entier, se faire pour ainsi dire
leur caution auprès de Dieu, offrir ses souffrances volontaires et involontaires pour
le rachat de leurs âmes et la glorification de la Majesté divine. » (R.P. François
Charmot, s.j./ L'amour du Christ et l'apostolat moderne / Éd. Spes, 1949, p.235).
Le
livre de l'Imitation de Jésus-Christ est surtout le livre de l'imitation de Jésus crucifié.
Les saints, à la suite de saint Paul, ont porté sur leur chair la mortification de Jésus.
Mais ce qui donnait de la valeur à leur réparation, c'était leur union à l'unique
Sacrifice rédempteur.
« II faut toujours nous souvenir que toute la vertu d'expia-
tion découle de l'unique sacrifice sanglant du Christ. » (Pie XI, Miserentissimus
Redemptor).
Différentes formes ont été données à la réparation suivant que l'on considère le péché comme une offense à la justice ou à l'amour. Sainte Marguerite-Marie
pratiqua l'une et l'autre. Sainte Thérèse de l'Enfant Jésus a pratiqué la vie réparatrice d'amour avec une telle splendeur qu'elle ne nous laisse plus rien à découvrir
dans cette voie du don total de soi. Émue « de l'ingratitude des méchants », elle
s'offre comme « victime d'holocauste à l'Amour miséricordieux » de la Trinité, en
union avec Jésus-Christ, qui nous a aimés en S'immolant pour nous sur la Croix.
La charité qui la pousse à cette réparation est née de la contemplation des saintes
plaies de Jésus en Croix.
« Mon cour se fendit de douleur à la vue de ce sang précieux qui tombait à terre sans que personne ne s'empressât de le recueillir; et je
résolus de me tenir continuellement en esprit au pied de la croix, pour recevoir la
divine rosée du salut et la répandre ensuite sur les âmes. »
La réparation est aussi ancienne que le christianisme. Depuis le coup de lance
qui a percé le Cour du Christ en Croix, bien des âmes ont été attirées par le Saint-
Esprit dans la voie de l'immolation, manifestant ainsi dans leur vie la charité infi-
nie de Dieu.
Le dernier appel à la réparation nous vient de la Très Sainte Vierge à Fatima,
où nous a été donné l'ultime don de Dieu pour sauver le monde : la dévotion au
Cour Immaculé de Marie.
« Cette dévotion est une dévotion réparatrice, et finalement adoratrice - adoratrice de la Miséricorde de Dieu dans le don qu'il nous
fait de Marie. » (R.P. Joseph de Sainte Marie, L'heure de Marie, Fatima, p.38).
À
Fatima, il est un genre particulier de péchés pour lequel Dieu demande réparation : ceux qui sont commis contre le Cour Immaculé de Marie. Quelle relation y a-t-il
entre ces péchés et ceux qui sont commis
immédiatement contre Dieu lui-même?
«
Dieu lui-même est blessé à travers sa créature, c'est le Christ qui est frappé lorsque
ses membres le sont : "Saul! Saul! pourquoi
me persécutes-tu?" (Ac. IX, 4).
Or, la Très
Sainte Vierge est, parmi toutes les créatures, celle qu'il a le plus aimée. Il l'a
conçue Immaculée pour être Mère de Dieu.
On comprend donc l'importance de tout
péché commis contre Elle : c'est le Verbe
lui-même qui, en Elle, est atteint dans ce
qu'il a de plus cher; c'est le Cour du Christ
qui souffre lorsque celui de sa Mère est
blessé. Et cette souffrance, après celle que
lui cause l'offense faite à son Père et à sa
propre Divinité, est la plus indicible de
toutes celles qu'il peut éprouver. » ( R.P.
Joseph de Sainte Marie, op. cit., p.37).
Mais
à cette raison fondée sur le fait de
l'Incarnation, s'en ajoute une autre, qui
relève du mystère de la Rédemption. La
dévotion au Cour Immaculé de Marie est
le don ultime de Dieu pour le salut du
monde.
« C'est par elle que nous redécovrirons le Cour et l'amour du Christ, que
l'Eucharistie reprendra sa place dans l'Église et y redeviendra la source inépuisable de vie. Car c'est par le Cour
Immaculé de Marie que l'Esprit Saint nous est et nous sera donné pour nous convertir, sauver nos âmes et instaurer dans le monde la paix et le règne de Dieu" (RP Joseph de Sainte Marie, Op., p.38).
Le temps se fait court. Répondons généreusement, chers tertiaires, aux demandes
pressantes de l'Église, du Sacré-Cour et du Cour Immaculé de Marie, nous invitant à la réparation.
« Voulez-vous vous offrir à Dieu pour supporter toutes les
souffrances qu'il voudra vous envoyer, en acte de réparation pour les péchés par
lesquels II est offensé, et de supplication pour la conversion des pécheurs? »
(Notre-Dame, à Fatima, 13 mai 1917).
+ Je vous bénis.
Abbé L.-P. Dubrœucq +
Dates des retraites et des réunions à retenir
16 au 20 juillet 2006 : retraite au Prieuré de Sierre, en Valais (Suisse)
28 août au 2 septembre 2006 : retraite à Marlieux (Ain - France)