A propos des sacres – Conclusion : quelle doit être notre attitude ?

A la lumière des ques­tions sou­le­vées et des réponses appor­tées, la conclu­sion porte sur deux aspects corrélatifs :

  • les conclu­sions théoriques.
  • les appli­ca­tions pratiques.

I – Les leçons des 20 dernières années :

  1. Les sacres étaient le moyen néces­saire pour assu­rer la péren­ni­té de la Tradition, de sa sur­vie et de son inté­gri­té doc­tri­nale particulièrement :
    1. Pour assu­rer libre­ment les ordi­na­tions et par là le déve­lop­pe­ment de la Tradition sans devoir obte­nir de Rome des évêques au cas par cas au prix de conces­sions doctrinales ;
    2. Pour assu­rer la vali­di­té des sacre­ments de confir­ma­tion et d’extrême-onction ;
  2. Le ral­lie­ment des ins­ti­tuts Ecclesia Dei montre a pos­te­rio­ri par :
    1. Les dévia­tions doctrinales ;
    2. La divi­sion créée ;

Qu’on ne peut se mettre sous l’autorité d’une struc­ture infes­tée de moder­nisme sans être soi-​même gan­gre­né par le moder­nisme ambiant cette solu­tion était vouée à l’échec.

3. Rome n’a pas changé.

II – Les applications pratiques

Les appli­ca­tions pra­tiques entraînent trois questions :

  • quelle doit être l’attitude actuelle de la Fraternité Sacerdotale Saint-​Pie X vis-​à-​vis de Rome ?
  • quelle doit être notre atti­tude vis-​à-​vis des ralliés ?
  • quelle doit être notre atti­tude per­son­nelle dans cette crise de l’Eglise ?

L’attitude de la Fraternité Saint-​Pie X relativement à Rome

A cette pre­mière ques­tion, la réponse nous est clai­re­ment don­née par le supé­rieur géné­ral de la Fraternité Saint-​Pie X, S.E. Mgr B. Fellay :

« (…) rien n’a chan­gé dans la volon­té de Rome de pour­suivre les orien­ta­tions conci­liaires, mal­gré qua­rante années de crise, mal­gré les cou­vents dépeu­plés, les pres­by­tères aban­don­nés, les églises vides. Les uni­ver­si­tés catho­liques per­sistent dans leurs diva­ga­tions, l’enseignement du caté­chisme reste une incon­nue alors que l’école catho­lique n’existe plus comme spé­ci­fi­que­ment catho­lique : c’est deve­nu une espèce éteinte…
Voici pour­quoi la Fraternité Saint-​Pie X ne peut pas ‘signer d’accord’. Elle se réjouit fran­che­ment de la volon­té papale de réin­tro­duire le rite ancien et véné­rable de la sainte Messe, mais découvre aus­si la résis­tance par­fois farouche d’épiscopats entiers. Sans déses­pé­rer, sans impa­tience, nous consta­tons que le temps d’un accord n’est pas encore venu. Cela ne nous empêche pas de conti­nuer d’espérer, de conti­nuer le che­min défi­ni dès l’an 2000. Nous conti­nuons de deman­der au Saint-​Père l’annulation du décret d’excommunication de 1988, car nous sommes per­sua­dés que cela ferait le plus grand bien à l’Eglise et nous vous encou­ra­geons à prier pour que cela se réa­lise. Mais il serait très impru­dent et pré­ci­pi­té de se lan­cer incon­si­dé­ré­ment dans la pour­suite d’un accord pra­tique qui ne serait pas fon­dé sur les prin­cipes fon­da­men­taux de l’Eglise, tout spé­cia­le­ment sur la foi. »[1].

Dès lors, la Fraternité Sacerdotale Saint-​Pie X conti­nue, d’une part, son tra­vail apos­to­lique aux quatre coins de l’univers et, d’autre part, son minis­tère cri­tique, œuvrant par là au retour de Rome à la Tradition de l’Eglise.

Notre attitude vis-​à-​vis des ralliés

Compte tenu des graves déviances doc­tri­nales des­dits ins­ti­tuts, trois mesures semblent s’imposer :

1 – Ne pas assis­ter aux messes de ces der­niers [2] comme le rap­pe­lait Mgr Lefebvre ain­si que M. l’abbé de Cacqueray (dans un pas­sage por­tant davan­tage sur les messes Motu pro­prio):

« N’estimons pas que notre for­ma­tion, même bonne, nous place au-​dessus de ces dan­gers : d’autres, et en grand nombre, n’y ont pas résis­té. Il me semble que l’histoire des socié­tés qui dépendent de la com­mis­sion Ecclesia Dei démontre élo­quem­ment qu’il est hélas pos­sible, après l’adoration du Christ cou­ron­né par la litur­gie, d’assister à son décou­ron­ne­ment par la pré­di­ca­tion. Je ne veux pas dire que l’on perd la foi en écou­tant, une fois en pas­sant, un ser­mon impré­gné des erreurs modernes. Cependant, il est bien néces­saire d’avoir conscience des trois points sui­vants :
- Tout d’abord, l’humilité d’une âme doit natu­rel­le­ment l’incliner à se défier d’elle-même et à ne pas prendre le risque de se lais­ser trou­bler ou désta­bi­li­ser.
- Même si elle pense qu’elle ne risque rien, elle doit cepen­dant mesu­rer ce qu’elle n’a sans doute pas reçu et qu’elle aurait pu rece­voir en assis­tant à la messe dans une cha­pelle où l’enseignement doc­tri­nal est vrai­ment com­mu­ni­qué.
- Il lui faut éga­le­ment se rap­pe­ler que les hommes sont enclins à se ras­su­rer au sujet de ce qu’ils peuvent faire ou ne pas faire en regar­dant ce que font les autres, sur­tout s’ils leur portent une cer­taine estime. C’est ain­si. De la per­mis­sion que l’un prend pour lui-​même, il résulte que d’autres font de même et l’effet s’en trouve mul­ti­plié. Et si l’on estime son esprit suf­fi­sam­ment acé­ré pour trier et ne conser­ver que la véri­té, en sera-​t-​il de même pour ceux que l’on aura entraî­nés dans son sillage ? »[3].

2 – Eviter abso­lu­ment les mariages avec des ral­liés convain­cus comme l’explique M. l’abbé Bourrat car

« mini­mi­ser les diver­gences sur la fidé­li­té à la Tradition de l’Eglise, consi­dé­rer que la défense du com­bat de la Tradition se limite à la messe en latin, atté­nuer les consé­quences pra­tiques, au sein du foyer, des diver­gences doc­tri­nales du com­bat mené par la Fraternité St-​Pie X et celui des mou­ve­ments Ecclesia Dei (pour sché­ma­ti­ser), c’est pré­pa­rer au sein même de la famille et chez les enfants des divi­sions et des contra­dic­tions qui se résou­dront géné­ra­le­ment au pro­fit d’un aban­don de la posi­tion vrai­ment catho­lique, tou­jours plus dif­fi­cile à tenir qu’un com­pro­mis d’esprit libé­ral. Tout cela pour évi­ter des fis­sures dans le mariage (amour mutuel) au détri­ment de la fidé­li­té de la foi (édu­ca­tion des enfants). Autrement dit, pour pré­ser­ver la fin seconde, on met­tra en péril la fin pre­mière »[4].

3 – Ce qui sup­pose d’éviter des liens d’amitié trop grands où les familles pour­raient rela­ti­vi­ser les graves diver­gences doc­tri­nales existantes.

III – Notre attitude personnelle

Au-​delà de la for­ma­tion qu’il faut trans­mettre inlas­sa­ble­ment, il reste que la réponse à la crise est une vie chré­tienne fer­vente et har­die que les obs­tacles dres­sés par la crise dans l’Eglise ne doit pas abattre mais sus­ci­ter comme le rap­pe­lait M. l’abbé de Cacqueray :

« Toute héré­sie, par les attaques qu’elle dirige contre un dogme, engendre chez les catho­liques les plus aimants de leur foi un mou­ve­ment ins­tinc­tif à se grou­per autour de lui pour le défendre, et les amènent ain­si à l’approfondir et à s’en nour­rir. Il en résulte que les orien­ta­tions spi­ri­tuelles des âmes se trouvent néces­sai­re­ment sous l’influence des luttes menées par l’Eglise contre les erreurs du temps. Leur sanc­ti­fi­ca­tion ne s’opère pas dans une sorte d’isolement spi­ri­tuel de l’époque où elles vivent mais dans un enga­ge­ment inté­rieur, sou­vent très dou­lou­reux, à s’unir pro­fon­dé­ment aux mou­ve­ments les plus intimes de la défense de l’Église et de sa vie mili­tante. Et ce n’est qu’au prix de l’acceptation d’une telle pos­ture que les âmes s’élèvent »[5].

Extrait du char­don­net n° 239 de juin 2008

Notes de bas de page
  1. Lettre aux amis et bien­fai­teurs, n°72, 14 avril 2008.[]
  2. N’oublions pas que les parents du saint curé d’Ars n’as­sis­taient pas à la messe saint Pie V de leur curé jureur qui lui, n’a­vait légi­ti­mé ni Assise ni la nou­velle messe ni Vatican II mais la consti­tu­tion civile du cler­gé, qui, pour grave qu’elle était, n’at­tei­gnait pas le degré de blas­phème d’Assise.[]
  3. Lettre aux amis et bien­fai­teurs n°71, décembre 2007, p. 22.[]
  4. Cours per­son­nel.[]
  5. Lettre aux amis et bien­fai­teurs n°71, décembre 2007, p. 5.[]

FSSPX

M. l’ab­bé François-​Marie Chautard est l’ac­tuel rec­teur de l’Institut Saint Pie X, 22 rue du cherche-​midi à Paris.