Acampado n° 29 de juillet-août 2008 (1)
Spécial "Sacres de 1988"
Abbé Pierre-Marie Laurençon
Dans ses relations avec ROME,
Mgr Lefebvre n'hésitait pas à
employer une méthode toute pragmatique, :
« Comme
toujours, je pense que les faits sont plus convaincants
que les paroles. Il y en a qui me disent : vous
pourriez bien faire une grande lettre au Pape... Mais
cela fait vingt ans que nous faisons des lettres qui ne
servent à rien ! Encore une fois, ce sont les faits qui
parlent » (Fidéliter 70 p. 15).
Ainsi s'exprimait Mgr Lefebvre un an après les
sacres. En ce 20ème anniversaire de ce même
événement, ne peut-on convenir qu'aujourd'hui
encore, les faits donnent raison à Mgr Lefebvre et
qu'il a été bien inspiré de se référer à ce genre de
preuves comme justification du moyen exceptionnel
employé pour sa succession épiscopale ?
L'approbation générale des fidèles
Les conditions tragiques dans lesquelles Mgr
Lefebvre a dû procéder à la consécration de 4
jeunes évêques lui faisait craindre « une vague de
défections » dans les paroisses tenues par les prêtres
de la FSSPX. Sans doute ce regrettable effet
d'abandon a bien eu lieu, mais dans « des proportions
minimes », contrairement aux 80% de perte
qu'annonçait le cardinal Gagnon.
Selon l'adage « Vox populi, Vox Dei », Mgr
Lefebvre voyait un signe providentiel dans cette
quasi unanimité des fidèles à soutenir son initiative si
controversée :
« Il est admirable de constater combien
finalement les fidèles ont réagi avec un sens
extraordinaire du devoir. Ils ont manifesté ainsi qu'ils
S
avaient véritablement le sens de l'Eglise. Sans doute,
y-a-t-il eu parfois quelques tremblements, quelques
hésitations, mais finalement, ils ont parfaitement
compris qu'il n'y avait pas d'autre solution que celle
que j'avais adoptée. Car s'il n'y avait plus d'évêques,
il n'y aurait plus de prêtres, plus rien. Il n'y aurait plus
de Tradition » (Fidéliter 68 p. 2).
Par ailleurs, dès après les sacres, une belle surprise
attendait Mgr Lefebvre puisque les quelques
défections furent compensées par de nouveaux
venus :
« Par contre, beaucoup nous ont rejoints,
parce qu'ils ont pensé avec juste raison que la
continuité est maintenant assurée dans la Fraternité et
dans la Tradition. Il y a maintenant des évêques
fermes qui gardent la foi » (Fidéliter 66 p. 31)
Paradoxalement, c'est parfois au sein de la FSSPX
et plus précisément encore parmi certains
membres prêtres que Mgr Lefebvre a été le moins
bien compris. Mais comme Dom Guillou le rappelait
dans sa lettre célèbre à Dom Gérard, les fidèles sont
parfois plus éclairés que leurs pasteurs :
« les fidèles
qui l'ont spontanément choisi (Mgr Lefebvre) parce
qu'ils avaient besoin d'un tel évêque, sentent bien que
c'est son sort qui les concerne » (Fid. 67 p.8)
La réussite manifeste des oeuvres
En invoquant « les faits qui parlent » Mgr Lefebvre
pensait surtout aux extensions que tout le monde peut
vérifier, non seulement dans la FSSPX mais aussi
dans toutes les communautés amies :
« quand on
ouvre un séminaire, que l'on crée des prieurés, que les
Soeurs essaiment et que les couvents se multiplient, cela constitue le seul moyen d'obliger Rome au
dialogue. Il ne s'agit pas de ma présence, mais bien
des oeuvres. Ils se rendent bien compte que ce n'est
pas rien. Les évêques s'énervent un peu que l'on
s'installe ici ou là. Alors ils se plaignent à Rome et
Rome sait »(Fidéliter 70, p. 15).
Voilà ce qui a engagé Mgr Lefebvre à provoquer
une visite canonique des représentants du Pape
pour les obliger à juger l'arbre à ses fruits :
« J'ai
beaucoup insisté auprès de lui (le cardinal Ratzinger)
pour que l'on nous visite. J'espérais que cette visite
aurait pour résultat de montrer le bienfait du maintien
de la Tradition en même temps que d'en constater les
effets. Je pensais que cela aurait pu renforcer nos
positions à Rome... » (Fidéliter 70 p. 2)
Car jusqu'au bout Mgr Lefebvre comptait pouvoir
consacrer des évêques avec l'accord de Rome. Et
cet argument des faits semblait avoir réussi à
convaincre le cardinal Gagnon qui, à l'issue de sa
visite, ne cachait pas sa
satisfaction :
« Nous avons été
frappés, partout, nous gardons
une grande admiration pour la
piété des personnes, pour
l'actualité et l'importance des
oeuvres ... certainement nous
avons en main tout ce qu'il faut
pour faire un rapport très
positif ». (Fidéliter 62 page 29).
Mgr Lefebvre n'a malheureusement jamais reçu
le rapport annoncé et le cardinal Gagnon dès
son retour à Rome s'est rétracté de manière
incompréhensible en prétendant qu'on s'était mépris
sur ses déclarations et qu'on avait nourri de faux
espoirs.
Avec sa lucidité habituelle, Mgr Lefebvre
avertissait que Rome n'était pas prête encore à
reconnaître objectivement que les traditionalistes
accomplissent véritablement une oeuvre d'Eglise :
« Je pense qu'il faut attendre - attendre
malheureusement que la situation s'aggrave encore de
leur côté. Mais jusqu'à présent, ils ne veulent pas en
convenir. » (Fidéliter 70 page 15)
La rebellion ouverte des évêques
La publication du Motu Proprio de juillet 2007 a
eu aussi pour effet de mettre au grand jour « une
crise d'obéissance envers le saint Père que l'on note ...
dans les rangs les plus élevés de l'Eglise ... de la part
d'évêques et même de cardinaux ». Un tel constat
émane d'un des membres les plus représentatifs du
Vatican, Mgr RANJITH, puisqu'il est l'actuel
secrétaire de la Congrégation pour le culte divin et la
discipline des sacrements.
En effet, à la fin de l'année 2007, dans plusieurs
déclarations publiques, jamais démenties depuis,
Mgr RANJITH déplore que
« dans certains pays et
dans certains diocèses, des évêques ont promulgué
des règles qui annulent pratiquement ou déforment
l'intention du Pape (dans l'application du Motu
Proprio) » (DICI 166 page 9)
Mgr RANJITH n'hésite pas à dénoncer la cause
profonde d'une telle attitude :
« ces actions
cachent en fait d'une part des préjugés d'ordre
idéologique et d'autre part de l'orgueil, l'un des
péchés les plus graves » (DICI 166 page 10)
Enfin Mgr RANJITH engage les coupables à faire
repentance :
« Franchement, je ne comprends
pas ces désaccords et pourquoi ne pas le dire, cette
rebellion contre le Pape. J'invite tous et
particulièrement les pasteurs à obéir au Pape qui est
le successeur de Pierre. Les évêques en particulier ont
juré fidélité au souverain pontife :
qu'ils soient cohérents et fidèles à
leur engagement » (DICI 166 p. 10)
Déjà en 1989, Mgr Lefebvre
prévoyait :
« Rome est en
train de se mettre à dos les évêques
diocésains » (Fidéliter 68 p.6).
En effet,
le Motu Proprio de l'époque
« Ecclesia Dei afflicta »
mécontentait les évêques qui
manifestaient sans vergogne leur désaccord avec
Rome pour cette nouvelle autorisation du Pape à dire
l'ancienne messe. Leur argument reste identique : les
évêques ne veulent pas de ces traditionalistes soidisant
ralliés en craignant que les fidèles se divisent
dans les paroisses.
Mgr Lefebvre expliquait que de telles réactions
étaient inévitables parce que Rome place les
uns et les autres « en pleine contradiction » et « dans
une position intenable » et il concluait
catégoriquement « vouloir maintenir et faire
l'expérience de la Tradition sous des évêques
modernistes et libéraux, c'est une utopie et un
mensonge » (Fidéliter 68 p.25)
Et depuis le récent Motu Proprio on en a une
nouvelle démonstration dans les rapports
conflictuels des évêques avec les communautés
Ecclessia Dei. Avec ce dernier fait, complément des
deux premiers, concluons qu'on a bien, sinon
l'évidence, au moins une conviction suffisante pour
voir dans les sacres de 1988 une oeuvre salutaire
bénie de Dieu digne de notre fierté et de notre action
de grâce.
Abbé Pierre-Marie Laurençon
[1) Pour s'abonner à l'Acampado:
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40, chemin de Fondacle
Saint-Julien
13012 Marseille