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Vendredi 10 février 2012
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   Lettre de l'abbé le Roux de mai 2006

 

Les dangers de la pensée positive

 

Par monsieur l'abbé Yves le Roux, Recteur du séminaire de Winona (USA)

Jeudi 4 mai 2006

 

Version française

Chers amis et bienfaiteurs,

Dorénavant, l'homme essaye d'affronter les difficultés de l'existence en écoutant les voix des sirènes qui lui annoncent des jours meilleurs ou en défendant d'illusoires idéaux humanitaires. Il se console de ses peines en songeant que l'homme est bon, puisque Rousseau l'a dit et que cette sombre ineptie est devenue le nouveau Credo du siècle !

La foi, l'espérance et la charité, mortes, sont désormais remplacées par le rousseauisme, l'optimisme et l'humanitarisme. La révolution est religieuse, n'en déplaise à ceux qui ne veulent voir en elle qu'une conception séculière de l'existence. Cette nouvelle religion trouve son expression la plus juste dans ce nouveau concept de pensée positive.

L'expression devrait prêter à sourire tant elle est absurde : une pensée n'est point négative ou positive, elle est vraie ou fausse. Nous ne pouvons sourire cependant : cette erreur linguistique, volontairement commise, n'est qu'un piège habile qui enferme l'homme dans un système erroné et dangereux qui le sort du réel. Ce concept de pensée positive impose à l'homme de ne plus juger les choses en vertu de leur véracité ou de leur fausseté, mais de les imaginer telles qu'il les désire au gré de ses passions.

Comment, en présence de cette erreur, ne relèverions-nous pas un relent nauséabond d'illusions maçonniques ? Par le biais de la pensée positive, insidieusement, l'homme est soumis aux idéaux révolutionnaires qui exigent qu'il soit coupé radicalement de Dieu dès le berceau et jusqu'au linceul. Le réel reste, en effet, une preuve tangible de l'existence de Dieu et de Son intervention constante dans notre monde. L'homme qui revient à la terre et la respecte rencontre Dieu et Le prend comme mesure de ses jugements. La Franc-Maçonnerie veut éviter à tout prix que, au contact du réel, l'homme ne revienne à Dieu. Au contraire, l'homme moderne doit s'affranchir de toute tutelle et ne plus s'inquiéter d'agir en fonction d'un ordre supérieur, établi, hiérarchisé qui le dépasse et l'explique.

L'homme, encensé à l'égal d'un dieu, ne doit se soumettre à rien d'autre qu'à ses propres lois. Son intelligence n'est plus cette faculté précieuse qui lui permet de découvrir le vrai et de s'y soumettre en le prenant comme règle de vie, mais la source même du vrai !

Cette théorie est grotesque, profondément. Ses concepteurs le savent fort bien et, conscients qu'ils ne peuvent la formuler si crûment sans déclencher une saine et vitale réaction qui se traduirait par un immense éclat de rire, ils cachent cette ineptie sous le masque de la pensée positive !

Qu'est-ce que ce concept nouveau puisqu'au fond nous pouvons affirmer que toute pensée, en elle-même, est positive ? Qu'entend-on dès lors par cette expression de " pensée positive " ? Pour saisir ce concept volontairement flou, le mieux n'est-il pas de nous contenter d'en livrer la formule, malheureuse certes mais, hélas, de plus en plus commune : " Positivez ! ...Vous voyez trop les choses de manière pessimiste ! " Il semble qu'il s'agisse simplement de faire montre d'optimisme envers et contre tout.

Passons outre cette fâcheuse et pédante manie du monde moderne qui aime à inventer de nouveaux mots et qui réduit la langue à n'être plus qu'une suite d'onomatopées disgracieuses. Positivons ! et intéressons-nous à cette dualité " optimisme - pessimisme " qui recèle un piège subtile et mortel. Le mettre à jour nous permettra de comprendre le rôle de cette pensée positive si en vogue de nos jours.

Disons-le tout de go : l'optimiste et le pessismiste sont des concepts anti-chrétiens. Le catholique se place, en raison même de sa foi, sur un plan plus élevé : il est un homme d'espérance. Les jugements qu'il porte sur les évênements dépassent infiniment la seule portée humaine car il sait que, derrière le miroir des apparences, se joue un drame intense qui va décider de son bonheur ou de son malheur éternel. Or, le jugement d'optimisme ou de pessimisme interdit à l'homme de s'élever dans le domaine du surnaturel.

Ce refus du surnaturel mutile profondément l'homme confronté quotidiennement à la misère, à commencer par la sienne. L'espérance, fille de la foi, nous permet de tenir debout au milieu de tant de gravats et de garder la lucidité suffisante afin d'admirer le plan de Dieu qui se réalise au milieu de tant de turpitudes. Si, en revanche, nous nous laissons enfermer dans ce dualisme de l'optimisme et du pessimisme qui nous bouche l'horizon du monde surnaturel, nous sombrerons vite dans la mélancolie, pire : dans le désespoir anti-chambre de l'enfer.

Voilà pourquoi nous stigmatisons cette pensée positive. Ce concept est dangereux pour nos âmes. Il nous place dans un monde où non seulement Dieu est absent, mais où l'homme est devenu dieu. Etouffé par le faux dualisme de l'optimisme et du pessimisme, l'homme moderne se jette sur ce concept commode de la pensée positive, comme un chien affamé sur un os décharné, afin d'oublier qu'il n'a plus d'horizon dans ce monde artificiel.

Contre toutes ces erreurs, nous voulons revenir au réel, lui seul nous rendra de recouvrir le bon sens. Nous refusons de nous laisser berner par ce concept moderne de pensée positive. Peu nous chaut d'être positif ; il nous importe extrêmement, en revanche, de découvrir ce qui est vrai pour en vivre de toute notre âme.

In Christo sacerdote et Maria.

Abbé Yves le Roux †

 

English version

The Rector's Letter (May 04, 2006)

 

Localisation

 
U.S.A (Etats-Unis)
  St. Thomas Aquinas Seminary
21077 Quarry Hill Rd.
Winona. Minnesota 55987
USA
 
   

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