Par monsieur l'abbé Yves le Roux, Recteur du séminaire de Winona (USA)
Samedi 8 septembre 2007
Version française
Chers amis et bienfaiteurs
La vérité ne peut vieillir. Les années se succèdent, les hommes meurent, tout passe : seule, la vérité demeure sans qu’aucune ride ne vienne flétrir son visage. Fruit de la relation intrinsèque existant entre l’intelligence et la réalité, la vérité échappe, en effet, à la caducité des événements et des hommes ; mieux, elle la transcende en atteignant l’être même des choses. Ce qui est vrai un jour ne peut devenir faux le lendemain. Aussi la vérité garde-t-elle intacte sa puissance d’attraction. L’intelligence aspirant naturellement à comprendre le monde qui l’entoure, ne saurait se satisfaire longtemps des fables dont on l’abreuve. Seule la vérité la rassasie.
La vérité, immuable en elle-même, est cependant toujours nouvelle. Nous pourrions aisément penser qu’au fil des ans la vérité perdrait sa fraîcheur, obligée, par état, de répéter inlassablement la même chose aux générations qui se succèdent et s’enlisent dans les mêmes ornières ! Il n’en est rien : la vérité, essentiellement toujours la même, reste cependant toujours à découvrir : le vrai ne lasse jamais puisqu’il est un rapport d’âme avec le réel.
Il n’en est point de même en ce qui concerne l’erreur. Elle vieillit mal ! Aussi veille-t-elle avec un soin jaloux sur tous les artifices de son maquillage. Ne constituent-ils point son unique arme de séduction ? Sachons ne point nous laisser impressionner par les campagnes agressives de ses publicistes qui savent pertinemment qu’ils ne proposent que du vide derrière leurs masques de carnaval et qui tentent de donner le change par leurs cris d’orfraie ! Cette vacuité de l’erreur explique pourquoi elle redoute tant la lumière et préfère se terrer, tel un vulgaire rongeur dont elle possède plus d’un trait commun…ne serait-ce que son aspect repoussant !
Dans cet art de la dissimulation, le moderniste peut se vanter d’être passé maître. Léon XIII, puis saint Pie X surtout, multiplièrent vainement les mises en garde de plus en plus précises et solennelles contre les nouveautés qui s’introduisaient dans l’Église. Rien n’y fit. Elles ne suffisaient pas. Les fauteurs de trouble – disons le mot : les hérésiarques – se récriaient et prétendaient être les malheureuses et innocentes victimes d’une malveillante interprétation ! Saint Pie X décida alors de dévoiler leurs intentions cachées dans la lumineuse encyclique intitulée Pascendi, dont nous célébrons le centenaire en ce mois de septembre. S’avançant masqués, les hérétiques refusaient, en effet, de quitter l’Église la minant de l’intérieur. Ils ne pouvaient mieux suivre les consignes et la technique de la Franc-maçonnerie, véritable géniteur de cette pernicieuse erreur.
Né en ces étranges et malsaines officines où depuis de longues décennies se préparait la ruine de la Sainte Église, le modernisme refusait de se présenter comme une doctrine cohérente. Aussi les modernistes répandus dans tous les secteurs de l’Église avaient-ils beau jeu de nier effrontément l’existence d’une quelconque organisation ! Cette absence de doctrine officielle et ce refus malhonnête de s’afficher ouvertement leur donnaient l’avantage de s’installer impunément au cœur même de l’Église, d’y gangrener de nombreux et prometteurs jeunes esprits et de les gagner subrepticement à leur cause. Une des gloires de saint Pie X, et non la moindre, est d’avoir su réaliser dans Pascendi la synthèse de ce système épars, diffus, insaisissable qu’était alors le modernisme et de le marquer au fer rouge en ne craignant point de le qualifier fort justement « d’égout collecteur de toutes les hérésies » !
Pour connaître l’hérésie moderniste et savoir la reconnaître derrière ses masques multiples et hideux, il nous faut lire cette encyclique : ne serait-ce que parce que l’erreur se définit toujours par rapport à la vérité ! Saint Pie X dénonce vigoureusement et avec grande précision l’hérésie. Aussi pouvons-nous affirmer que Pascendi reste la meilleure et la plus sûre synthèse de l’hérésie moderniste, inégalée à ce jour ! De plus, appuyée solidement sur les principes immuables d’une saine philosophie et d’une théologie très sûre, l’encyclique transcende les modes et reste plus que jamais d’actualité puisque l’hydre moderniste, ayant relevé la tête, savoure ce qu’elle pense être son triomphe définitif.
Dans le cadre étroit de cette simple lettre, nous ne prétendons nullement exposer in extenso le contenu si dense de l’encyclique ; bornons-nous à en indiquer le plan, espérant que cette vue rapide soit une invitation à se plonger directement dans le texte même.
Saint Pie X ne cache pas que sa tâche est particulièrement délicate car l’hérésie a déjà établi ses quartiers dans le sanctuaire de la doctrine, au sein même de la sainte Église. Cette pénétration est si profonde que le saint pontife se demande si l’Homme de Perdition dont parle l’Apocalypse n’est point déjà à l’œuvre ! Après ces quelques lignes d’introduction qui soulignent toute l’urgence et l’importance de l’encyclique, le pape expose de manière magistrale ce qu’est la doctrine moderniste ; puis il explique, en en donnant les causes, pourquoi cette hérésie est désormais installée au centre même de l’Église. Enfin, fidèle en cela à son rôle de pasteur, il présente les remèdes qui s’imposent pour combattre efficacement cette erreur pernicieuse et qui sont, par nature, d’ordre pratique demandant solennellement aux évêques du monde entier de le seconder dans sa lutte.
Dépités, les modernistes eux-mêmes furent forcés d’avouer que le pape dénonçait parfaitement l’erreur ! De fait, il lui enlevait toutes ses armes de séductions en dévoilant sa vraie nature et il montrait d’une main assurée le chemin de la victoire en indiquant par quelles armes il fallait combattre cette hérésie monstrueuse. Comment se fait-il que cette encyclique puissante n’ait point arrêté net le modernisme ?
En fait, les modernistes réagirent conformément à leur nature propre de rongeurs ! Ces derniers en effet, lorsqu’ils sont débusqués, construisent rapidement de nouvelles galeries où ils peuvent à loisir continuer leur travail de sape. Ainsi firent-ils. D’immenses galeries virent le jour : tel le « Mouvement Liturgique » ; tandis que la théologie se trouvait minée par la désastreuse « Nouvelle Théologie ».
Pie XII tenta vainement de s’opposer à la progression de l’erreur. Ses condamnations furent vaines. Tapie à l’ombre de ses ténébreuses galeries, l’hérésie moderniste attendait patiemment que vienne l’heure de surgir au grand jour pour triompher enfin. Ainsi nous fut donné le concile Vatican II.
Pascendi reste plus que jamais d’actualité. Nous en douterions, que l’état misérable de la Sainte Église rongée par l’erreur moderniste nous le rappellerait ! Ne soyons pas dupes : l’évolution du modernisme n’est qu’un effet de maquillage. L’erreur ne change point, elle évolue seulement. Les principes énoncés dans l’encyclique valent toujours pour juger le modernisme…et le condamner comme une injure insupportable commise contre l’intelligence et la vertu de foi.
Dans l’espérance que vous n’hésiterez pas à ouvrir cette encyclique pour célébrer dignement le centenaire de cette noble Dame !