Editorial de l'abbé Bouchacourt
La grande illusion - Juin 2009
Abbé Christian Bouchacourt,
Supérieur du district d'Amérique du Sud
Le dernier voyage du pape en Terre Sainte a été l’occasion pour le Souverain Pontife de déplorer les tensions et les guerres à répétitions qui affectent ces régions depuis des décennies. Pour y remédier, lors de sa rencontre avec les chefs religieux de Galilée, le 14 mai dernier, à Nazareth, Benoît XVI lancera cet appel : « que les chrétiens s’unissent volontiers aux juifs, aux musulmans, aux druzes et aux membres des autres religions dans le désir de protéger les enfants contre le fanatisme et la violence, tout en les préparant à être les bâtisseurs d’un monde meilleur ». Quelques jours plus tôt, il n’hésitera pas à remettre en cause la doctrine traditionnelle de la tolérance face aux fausses religions pour appeler au dialogue religieux et aux actions communes les catholiques, les juifs et les musulmans : « Certains voudraient nous faire croire que nos différences sont nécessairement une cause de division et donc, ne doivent être au plus que tolérées. Quelques autres affirment même que nous devrions être réduits au silence. Mais nous savons que nos différences ne doivent jamais être dénaturées au point d’être considérées comme une cause inévitable de friction ou de tension soit entre nous, soit avec la société dans son ensemble. »
« Au contraire, elles fournissent une merveilleuse opportunité pour les personnes des différentes religions de vivre ensemble dans un profond respect, dans l’estime et la considération, s’encourageant les unes les autres sur les chemins de Dieu. Avec l’aide du Tout-Puissant et éclairés par sa vérité, puissiez-vous continuer d’avancer avec courage, en respectant tout ce qui nous rend différents et en promouvant tout ce qui nous unit comme créatures bénies par le désir d’apporter l’espérance à nos communautés et au monde ! Que Dieu nous guide tout le long de ce chemin ! »(1)
Pendant toute la durée de son voyage, pas une seule fois, le pape n’a invité les non catholiques de la région à la conversion. Pas une fois le Saint père n’a fait prier pour la conversion des juifs et des musulmans. Que penser d’une telle attitude et de telles affirmations ? Peut-on vraiment penser que Benoît XVI contribue ainsi à poser les bases d’une paix future ? La réponse se trouve très clairement exprimée par Pie XI dans son encyclique Mortalium animos(2): « on voit certaines personnes nourrir l’espoir qu’il serait possible d’amener sans difficulté les peuples, malgré leurs divergences religieuses, à une entente fraternelle sur la profession de certaines doctrines considérées comme un fondement commun de vie spirituelle. C’est pourquoi, (…) ils invitent tous les hommes indistinctement, les infidèles de tout genre comme les fidèles du Christ, et même ceux qui, par malheur, se sont séparés du Christ ou qui, avec âpreté et obstination, nient la divinité de sa nature et de sa mission.
De telles entreprises ne peuvent, en aucune manière, être approuvées par les catholiques, puisqu’elles s’appuient sur la théorie erronée que les religions sont toutes plus ou moins bonnes et louables, en ce sens que toutes également, bien que de manières différentes, manifestent et signifient le sentiment naturel et inné qui nous pousse à reconnaître avec respect cette puissance. En vérité, les partisans de cette théorie s’égarent en pleine erreur, mais de plus, en pervertissant la notion de la vraie religion ils la répudient, et ils versent par étape dans le naturalisme et l’athéisme. La conclusion est claire : se solidariser des partisans et des propagateurs de pareilles doctrines, c’est s’éloigner complètement de la religion divinement révélée. »
Ni la paix civile, ni la paix sociale ne pourront exister hors de Notre Seigneur Jésus-Christ. Vouloir réaliser cette paix sans Celui « qui est la pierre d’angle(3) » est illusoire, c’est aller à l’échec certain, c’est tromper ceux qui écoutent de tels discours et mettre en péril leur salut éternel.
Seule l’Eglise catholique, fondée par le Christ, peut soigner la nature humaine blessée par le péché originel. Elle seule perpétue l’action du Verbe Incarné sur la terre par sa prière, sa prédication et les sacrements qu’elle dispense. Sans ces moyens ordinaires qui communiquent la grâce divine, l’homme demeure esclave de ses passions, de l’emprise du démon et des attraits trompeur du monde. Cette doctrine a été enseignée par tous les papes jusqu’au dernier concile exclusivement. Il a fallu attendre le décret sur l’œcuménisme Unitatis Redintegratio pour apprendre que « l’Esprit du Christ ne refuse pas de se servir d’autres Eglises, comme moyens de salut(4) » et, peu après, dans la déclaration Nostra aetate, que l’Eglise « ne rejette rien de ce qui est vrai et saint (dans les religions non chrétiennes) (5) ». De tels textes sont totalement en rupture avec ce qu’enseigne la Tradition catholique. Cette grande tromperie est une des causes de la ruine de la paix sociale et civile que l’on constate un peu partout de par le monde.
Le Pape Pie XII proclama alors que la seconde guerre mondiale venait tout juste d’éclater que : « la reconnaissance des droits royaux du Christ et le retour des individus et de la société à la loi de vérité et de son amour sont la seule voie du salut (6) ». Aucune restauration sociale et politique ne pourra se faire sans l’Eglise catholique qui, elle seule, peut réorienter les hommes et les sociétés vers Dieu. Le grand cardinal Pie, qui inspira tellement saint Pie X, rappellera cette vérité essentielle et totalement oubliée aujourd’hui : « Nous subirons malgré nous les conséquences des fautes de nos pères, tant que nous n’aurons pas rebâti, au sein de la société, le temple renversé. Rien ne sera fait, tant que Dieu ne sera pas replacé au-dessus de toutes les choses humaines, tant que son droit ne sera pas solennellement reconnu, et respecté d’une façon sérieuse et pratique. (…) Un seul parti pourra sauver le monde, le parti de Dieu. Il n’y a de salut que là : abjurer nos rêves d’indépendance à l’égard de l’Être Souverain, et nous soumettre à lui ; relever parmi les hommes le drapeau du prince de la milice céleste, avec sa devise : « qui est comme Dieu ? » quis ut Deus?- La conciliation ? Eh oui, sans doute, mais nous avons plus et mieux à faire que de rapprocher les hommes entre eux ; le grand rapprochement à opérer, c’est de réconcilier la terre avec le ciel. Qu’on ne s’y méprenne pas : la question qui s’agite, et qui agite le monde, n’est pas de l’homme à l’homme mais de l’homme à Dieu(7) ».
Comme nous souhaiterions entendre le pape et nos évêques retrouver ces accents salvateurs ! Ce n’est pas la solidarité entre les hommes, ni le respect des croyances de chacun, ni le rejet de l’intolérance qui apportera la paix à nos sociétés agonisantes mais le retour des personnes et des états au Christ. C’est ainsi qu’il faut interpréter ces paroles de Saint Pierre après la guérison d’un impotent : « par la foi en son nom, (Jésus-Christ), à cet homme que vous voyez et connaissez, ce nom a rendu la force, et c’est la foi en lui, qui devant vous tous, l’a rétabli en pleine santé(8) ». Cet impotent, c’est notre monde malade et gémissant qui refuse Jésus-Christ comme Sauveur et Roi.
Monseigneur Lefebvre se fera l’écho de cette doctrine éternelle : « Il n’y a qu’un nom sur la terre pour transformer les âmes, la civilisation, et même les corps, la société, et l’économie. C’est le nom de Jésus-Christ. Il n’y a pas à chercher ailleurs. On veut transformer la société ; on veut la rendre vivable, on veut la rendre sainte ; on veut la rendre même économiquement saine, politiquement saine : le moyen, c’est Notre Seigneur Jésus-Christ. Je suis reparti de l’Afrique avec cette conviction qu’il n’y avait qu’un moyen de sauver les âmes et en même temps de leur donner une civilisation chrétienne ici-bas, de les faire participer un peu ici-bas au bonheur du Ciel par le bonheur que donne la grâce : c’est le règne de Notre Seigneur Jésus-Christ (9) ».
Saint Paul, ce héraut de la foi, qui conjura Saint Pierre à abandonner les pratiques judaïques qui n’avaient plus de sens dans la Nouvelle alliance, cet Apôtre des Gentils n’aura de cesse d’appeler les juifs et les païens à la conversion et mettra en garde Timothée contre un danger pressant « un temps viendra où les hommes ne supporteront plus la saine doctrine, mais au contraire, au gré de leurs passions et l’oreille les démangeant, ils se donneront des maîtres en quantités et détourneront l’oreille de la vérité pour se tourner vers les fables(10) » Ce temps est bel et bien arrivé. Faire croire aux hommes qu’ils pourront trouver la paix ici-bas et se sauver hors de Notre Seigneur Jésus-Christ, c’est les inciter à vivre dans une terrible illusion dont l’enjeu est gravissime : le salut éternel de millions d’âmes. Rester silencieux face à ce drame, car c’en est un, serait gravement coupable. Se résigner à admettre un tel discours serait être complice de la damnation d’un grand nombre. C’est pourquoi la Fraternité Saint Pie X ne peut s’y résoudre et fait sienne cet ordre de saint Paul à Timothée : « Je t’adjure devant Dieu et devant le Christ Jésus qui doit juger les vivants et les morts, au nom de son apparition et de son Règne : proclame la parole, insiste à temps et à contre temps, réfute, menace, exhorte avec une patience inlassable et le souci d’instruire(11) » Que Notre Seigneur nous en donne la force jusqu’à notre dernier souffle !
Dieu vous bénisse !
Abbé Christian Bouchacourt, Supérieur du District d'Amérique du Sud
(1) Discours du 11 mai 2009, Auditoire Notre Dame de Jérusalem (2) Pie XI, encyclique Mortalium animos du 6janvier 1928 (3) Actes des Apôtre IV, 11 (4) Concile Vatican II, Décret Unitatis Redintegratio, du 21 novembre 1963, numéro 3. (5) Concile Vatican II, déclaration Nostra aetate du 28 octobre 1965, n° 2. (6) Pie XII, encyclique Summi Pontificatus, du 23 octobre 1939 (7) Card. Pie, Lettre pastorale à l’occasion de la prise de possession de son diocèse le 25 novembre 1849 (8) Actes des Apôtres, III, 16 (9) Mgr Lefebvre. Homélie donnée à Zaitzkofen le 15 février 1987. (10) II Tim IV, 3-4 (11) II Tim IV, 1-2