LETTRE DE JUILLET 1989 À MONSEIGNEUR DE GALARRETA ET AUX PRÊTRES, SÉMINARISTES ET FIDÈLES DU DISTRICT D'AMÉRIQUE DE SUD
Chers prêtres, chers séminaristes, chers fidèles,
A l’occasion de la nouvelle division, provoquée par l’Abbé Morello en Amérique du Sud, qui éprouve notre chère Fraternité, il me semble opportun d’analyser l’action du démon pour affaiblir ou réduire à néant notre œuvre.
Les auteurs des diverses scissions n’agissent-ils pas selon deux principales tentations, qui se diversifient par la suite ?
La première tentation consiste à maintenir de bons rapports avec le pape ou les évêques actuels. Evidemment, il est plus normal et agréable d’être en harmonie avec les autorités que d’être en conflit avec elles, surtout quand ces difficultés peuvent aboutir à des sanctions.
La Fraternité sera alors accusée d’exagérer les erreurs du Concile Vatican II, de critiquer abusivement les écrits et les actes du pape et des évêques, de s’attacher avec une rigidité excessive aux rites traditionnels et, en définitive, de présenter une tendance au sectarisme, qui la conduira un jour au schisme.
Une fois mentionné le mot schisme, on s’en servira comme d’un épouvantail pour faire peur aux séminaristes et à leur famille, les conduisant à abandonner la Fraternité, d’autant plus facilement que les prêtres, les évêques et Rome elle-même prétendent offrir des garanties en faveur d’une certaine Tradition.
Nous pourrions établir une longue liste de ceux qui nous ont abandonnés pour ces raisons.
Il était clair que les consécrations épiscopales et l’excommunication seraient considérées comme des motifs plus que suffisants pour quitter la Fraternité, surtout au regard des garanties offertes par la Rome conciliaire en faveur de la tradition liturgique.
Malgré que les mensonges de la Rome conciliaire se soient de nombreuses fois vérifiés dans les faits, il n’est jamais inutile d’essayer, puisqu’il s’en trouvera toujours certains pour mordre à l’hameçon.
Mais les erreurs du Concile Vatican II et son esprit sont, en permanence et publiquement, confirmés par les faits et les affirmations. Rien ne change au niveau des principes libéraux et modernistes. L’apostasie se répand, la foi catholique continue à disparaître.
La plupart de nos prêtres, séminaristes et fidèles ne s’illusionnent pas et sont convaincus qu’il est impossible d’avoir confiance dans les autorités de l’Eglise conciliaire, tant qu’elles professent de telles erreurs.
La deuxième tentation, que le diable éveille dans l’esprit de certains de nos prêtres et qui provoque la présente scission au sein de la Fraternité, peut se résumer de la manière suivante : « Nous avons eu confiance dans la Fraternité des débuts, dans ses principes et dans son action ; cependant nous voyons que son esprit change et c’est pourquoi, par fidélité a la Fraternité d’autrefois, nous quittons la Fraternité d’aujourd’hui ».
Pour justifier cette attitude il sera nécessaire de manifester l’évidence des changements. De là, les faits les plus insignifiants seront exploités et amplifiés jusqu’à devenir de véritables calomnies. (…) L’accusation me touchait moi-même.
Il leur devenait nécessaire, également, de tromper les fidèles, afin qu’ils les suivent. Une action véritablement basée sur le mensonge.
Dans le passé, ceux qui cherchaient à opposer la Fraternité d’aujourd’hui à celle d’hier étaient « sédévacantistes » et refusaient de prier publiquement pour le Pape.
Dans le cas de l’abbé Morello, le principe est le même, mais les présumés changements qu’il dit avoir perçus se situeraient plutôt au niveau spirituel et moral. Cette attitude de l’abbé Morello trouve son origine dans un état d’esprit particulier, un besoin naturel d’avoir des disciples personnels, exclusifs, car il est persuadé qu’il est doté d’un charisme spécial pour sanctifier les âmes.
Cette attitude s’était déjà manifestée, vis-à-vis des religieuses, par la volonté de fonder se propre congrégation, selon ses idées personnelles. Malheureusement les séminaristes ont été victimes de cette tendance possessive et une partie d’entre eux s’est transformé en « son parti ».
La décision de la mutation de l’abbé Morello a provoqué la séparation de ce groupe d’avec le séminaire. Il fallut trouver des motifs pour justifier le départ de la Fraternité. Ce ne fut pas difficile: « nous sommes les purs, les autres sont impurs ».
Dès lors, l’esprit qui s’empare d’eux est véritablement diabolique et les conduit à rechercher des preuves en tout genre de défauts et de vices.
Je ne me fais pas d’illusions. Bientôt je serai moi-même calomnié comme je l’ai déjà été par tous ceux qui ont déchiré la Fraternité.
Le processus est toujours le même. Il s’agit de justifier à tout prix l’acte scandaleux qu’est le détournement d’un groupe de prêtres, de séminaristes et de fidèles.
Efforçons-nous d’éclairer ceux qui nous laissent quant au grave préjudice qu’ils causent à l’œuvre de la Tradition, mais ne nous laissons pas troubler. Au sein de l’épreuve, gardons la paix. L’histoire de la Fraternité ressemble à celle de l’Eglise, et la continue : « Oportet hæreses esse » (il est nécessaire qu’il y ait des hérétiques). La Providence permet ces purifications afin d’éviter la contamination de l’œuvre.
Dans le cas présent, il s’agit d’un concept erroné de la formation spirituelle, avec un relent de jansénisme. Que Dieu nous préserve de cet esprit! Nous nous en sommes rendu compte assez tard, et le mal avait déjà atteint certains jeunes prêtres et presque la moitié des séminaristes.
La prudence requiert que nous n’ayons absolument aucun contact avec ceux qui nous quittent, serait-ce épistolaire, hormis le cas où l’un d’entre eux manifesterait de sérieux signes de repentir. Prions pour eux : telle est la vraie charité que nous pouvons exercer vis-à-vis d’eux.
Que ces séparations nous soient l’occasion de faire un examen de conscience, afin de veiller courageusement à ne pas faiblir en matière doctrinale, morale, spirituelle et disciplinaire. Vigilate et orate (Veillez et priez).
Au sein de l’épreuve, Dieu bénira notre Fraternité ; mais il ne pourra le faire que si nous demeurons fidèles à nos Constitutions par la vie de prière, de sacrifice, en vivant du Saint Sacrifice de l’Autel dans notre vie tant intérieure qu’extérieure, comme la Très Sainte Vierge et tous les Saints.
Tout votre, en Jésus et Marie,
+ Marcel Lefebvre
Ecône, 16 juillet 1989,
en la fête de Notre Dame du Mont Carmel. |