« Tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon Église, et les portes de l'Enfer ne l'emporteront pas sur elle.(Mt. 16.18) »
Par ses paroles, Jésus Lui-même promet à l'Église un règne éternel, stable, immuable, édifié sur la personne de Pierre et de ses successeurs. Pierre et ses successeurs seront tout au long de l'histoire de l'Église les premiers à servir de cible aux ennemis de l'Église. Mais ils sont assurés du secours spécial et efficace de Jésus qui prie pour eux :
« Simon, Simon, Satan a demandé à vous secouer au crible comme du blé ; mais moi, j'ai prié pour toi afin que ta foi ne défaille pas.(Luc. 22.31) »
Cette prière de Notre Seigneur les fortifie pour accomplir la tâche difficile qui leur est confiée. Elle leur permet même d'être le soutien de leurs frères dans la foi :
« Et toi, une fois remis sur la bonne voie, affermis tes frères.(Luc. 22.31) »
Nous voyons dans ces quelques lignes de l'Évangile, l'importance de la papauté pour l'Église, sa grandeur, mais aussi le danger qui vient des ennemis. Les paroles de Notre Seigneur: « Et toi, une fois remis sur la bonne voie », adressées au premier pape qui va le renier peu après, démontrent la possi¬bilité que celui qui tient la place de Jésus-Christ, s'éloigne temporairement de Lui pour Le nier. Qui alors peut s'étonner que les saints papes, comme notre saint patron Pie X, ont tremblé en acceptant cette responsabilité sans pareille, - mais qu'en revanche, dans tous les siècles, des hommes avides de gloire ont aspiré à cette dignité suprême ?
Ce numéro du « Pour qu'Il règne » est consacré à saint Grégoire le Grand. En ces jours de crise dans l'Église, la question du pape est fortement controversée. Par ce numéro, nous voulons donner à nos lecteurs le modèle d'un pape fort, clair, efficace et réformateur. L'Église d'aujourd'hui a besoin d'un renouveau. Les simples fidèles sont incapables de le produire. C'est de la tête qu'il nous faut espérer les remèdes et les changements.
Le pape saint Grégoire I" que vous allez découvrir dans ce numéro, est surnommé le Grand. Et il est, en effet, grand par sa naissance, étant fils de sénateur et neveu d'une sainte, la vierge Tarsille; grand par sa science et par sa sainteté; grand par les merveilles qu'il a opérées; grand par la dignité de cardinal, de légat et de pape à laquelle la Providence et son mérite l'ont graduellement élevé.
Grégoire est né à Rome en 540. Il embrasse la carrière politique. L'empereur Justin II le nomme prêteur de Rome. Séduit d'abord dans ses premières années par l'éclat des grandeurs terrestres, Grégoire s'en détourne et renonce à une carrière dans le monde. Il vend tous les biens de son immense héritage et en consacre le prix au soulagement des pauvres et à la fondation de sept monastères. Puis il se fait moine de saint Benoît. Et dans les années qui suivent, il ne cessera jamais de pleurer amèrement le cloître et de soupirer après le retour de ces jours heureux.
En 590, quand il voit que le peuple le veut pour pape, il s'enfuit de la ville de Rome dans un tonneau et se cacha dans une grotte pour y vivre en ermite. Mais une colonne de lumière révèle le lieu de sa cachette. Alors on l'élit pape. Malgré sa mauvaise santé, il reste un dirigeant énergique, et en même temps, « serviteur des serviteurs de Dieu. » Son premier souci est de défendre la foi. La conversion l'Angleterre s'est faite à son initiative par l'envoi de saint Augustin et de 39 moines bénédictins. Ces moines sont venus deux cents ans plus tard évangéliser nos pays. Il stimule les monastères, favorise le chant grégorien et entreprend la réforme liturgique. Ses oeuvres ont une influe remarquable depuis le Moyen Age jusqu'à nos jours. Ses recueils « Moralia in job » et " Liber regulae pastoralis " sont des livres de base pour la formation des prêtres.
Prenons le temps de lire ses belles pages qui nous donnent une idée de ce que doit être un homme à qui Dieu confie la responsabilité de son Église.