L'apostolat de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X en Lituanie
Par l'aumône de carême de cette année, nous vous avons proposé d’aider un pays de l’Est, la Lituanie, où trois membres de la Fraternité
Sacerdotale Saint Pie X luttent contre l’affreuse érosion engendrée
par le communisme et contre le minage actuel exercé par le modernisme. Sans doute êtes-vous quelque peu intéressés à connaître la situation locale. Elle est de bien des manières différentes de celle de notre pays. Comme je ne puis pas tout mentionner, j’en retiendrai ici quelques éléments seulement.
Reportage extrait du Rocher n° 46 du District de Suisse
Les débuts
Il y a quelques années, après que la Lituanie eût été visitée pendant quelques semaines par nos prêtres (on avait retenu un logement dans le chef-lieu Vilnius) on loua, voilà environ
trois ans, une minuscule maison dans le centre de Kaunas, entre les grand bâtiments de l’université.
Elle sert depuis lors de prieuré et de chapelle.
Au début, le père Eric Jaqmin y travailla, ensuite pendant trois ans le père Joseph Verlinden et le père Edmundas
Naujokaitis, originaire lui-même de Kaunas et ordonné prêtre à Zaitzkofen.
Pour les nouveaux qui voudraient
une fois visiter les lieux, ce n’est pas très simple : la petite chapelle
dans le logement diffuse une atmosphère intime, dans laquelle un inconnu en recherche ne pénètre pas facilement. Le manque de place dans la maison ne permet guère la discrétion.
Quand notre troisième confrère, le père Werner Bösiger, qui dessert d’ici la communauté de Minsk (Biélorussie) est dans la maison, il doit se contenter d’un lit dans la modeste bibliothèque.
Achat d'une maison répondant
à nos besoins
Le père Verlinden que je remplaçai
en septembre 2006 avait réussi finalement à acheter dans la banlieue de Kaunas le gros-oeuvre d’une maison
qui semblait faite pour répondre à nos besoins. Près d’un grand bois, on avait voulu, après la période soviétique,
ériger ici un restaurant et un petit hôtel. Mais, faute d’argent, l’oeuvre ne fut jamais achevée.
Après l’élévation des murs, la pose du toit et la mise en place des fenêtres, le bâtiment demeura vide pendant des années et se détériora tellement que les fenêtres, par exemple, ne sont plus guère utilisables. L’isolation du toit est défectueuse parce que le bois utilisé était gorgé d’humidité. La répartition des pièces est cependant si bien adaptée
à nos besoins que nous pouvons y installer non seulement un prieuré avec une chapelle attenante, mais que nous avons aussi la possibilité d’aménager
à l’étage supérieur des chambres pour les Exercices Spirituels.
De cette manière, nous ne serons plus obligés de louer dans ce but une maison à la campagne.
Après l’achat toutefois commencèrent
les difficultés, car la bureaucratie
de l’ère soviétique est toujours à l’oeuvre. L’architecte encaisse un paiement sans songer à commencer le travail. De notre point de vue il est impensable d’imaginer quelles fieffées insolences et quelles pertes de temps ces gens, faute de concurrence, se permettent.
On est d’autant plus livré entre leurs mains qu’ils doivent se charger d’obtenir l’autorisation de construire auprès des autorités.
L’entente avec les artisans est très mauvaise et, chez eux, la main droite ignore ce que fait la main gauche. Les artisans bien formés vont à l’étranger parce qu’ils y gagnent davantage. En Lituanie, les entrepreneurs de construction cherchent
du monde dans l’urgence.
Les travaux ont commencé
Après d’interminables va-et-vient, voilà que s’est manifesté un petit (?) miracle et que les travaux ont commencé.
Les fidèles me regardent
incrédules lorsque je déclare que j’aimerais fêter Pâques dans la nouvelle chapelle (ce qui serait aisé dans des conditions normales ; mais qu’est-ce qui est normal ici ?).
Je dis cela si souvent que pour finir eux-mêmes y croient, et voilà que ça avance. Saint Joseph a dû se faire pressant pour y parvenir. Je crois qu’il est aussi capable de tenir les délais…
La raison de notre hâte n’est pas seulement la hausse continuelle des prix de la construction ; nous voulons
surtout ne pas être empêchés plus longtemps dans notre apostolat par ces circonstances matérielles. Cet apostolat, commencé peu après la dissolution
de l’Union soviétique, était alors porté par de grandes espérances.
Bientôt, il fut sanctifié par de grandes
difficultés, des revers et des croix. Cependant j’entendis à mon grand étonnement de la bouche d’un curé parlant bien l’allemand, ces paroles :
« Les prêtres en Lituanie regardent votre
Fraternité. Nous attendons que vous apportiez quelque chose, des impulsions spirituelles. »
Cet homme, totalement isolé, parlait de confrères qui s’intéressaient
à boire, à l’argent, ou à autre chose, mais pas à la théologie. La voix de ce curé est-elle représentative de la population, on peut en douter, mais elle révèle quelque chose de la situation du clergé qui est très mal formé.
L'apostolat
De gauche à droite : les abbés Edmundas Naujokaitis, Josef Persie, Karl Stehlin (Supérieur de la Maison Autonome des Pays de l'Est : voir infra), et Joeph Verlinden.
La langue constitue une grande difficulté. Le lituanien et le letton sont les dernières langues baltiques conservées. Ce sont il est vrai des langues
indo-européennes, mais quand on les entend on remarque qu’elles ont vraiment peu de commun avec les langues romanes ou slaves. Du lituanien,
on dit qu’il a 4 000 ans. C’est avec le russe qu’on s’en tire le mieux. Les jeunes générations étudient plutôt
l’anglais et l’allemand.
Notre apostolat consistait jusqu’ici
dans la desserte du prieuré de Kaunas et d’une chapelle à Siauliai (à 140 km de Kaunas) installée dans l’ancienne synagogue, comme du reste la chapelle de Minsk. Toutes les trois ou quatre semaines, le père Bösiger ou un confrère, s’en va jusqu’à
Moscou ; toutes les six ou huit semaines, je vais jusqu’à Tallinn (chef-lieu de l’Estonie) qui est aussi desservi par Varsovie. Chez nous, le trajet vers Tallinn représente un parcours
de bus de 8 heures. On circule ici presque exclusivement en bus. A cette occasion, on connaît l’aventure; et elle ne consiste pas seulement en une langue totalement différente (la langue de l’Estonie n’est apparentée qu’avec le finnois et le hongrois).
En plus, le père Naujokaitis s’en va plusieurs fois l’an en Ukraine pour enseigner au séminaire d’une fraternité
sacerdotale amie.
L’apostolat par l’écrit a une grande importance. Presque tout doit d’abord être traduit ce qui cause de très grandes dépenses. Nous sommes également en train de faire frapper la médaille miraculeuse avec l’inscription
en langue lituanienne. Jusqu’à ce jour, cela n’existait pas.
Les gens ici sont profondément marqués par le temps de l’occupation soviétique. 500 000 Lituaniens disparurent
en Sibérie.
On ne pouvait faire confiance à personne et l’on devait se préoccuper de sa propre survie. Lorsque la Lituanie, après un combat dramatique, se libéra la première de l’Union soviétique chancelante, il y eut brièvement une grande euphorie et un sentiment de libération ; mais personne ne donna à ce peuple les valeurs positives et les orientations nécessaires pour profiter des circonstances.
La conséquence est maintenant la désillusion et le vide intérieur. La Lituanie a l’un des taux de divorce et de suicide les plus hauts du monde. Dans la plupart des cas, l’alcool y contribue. Il y a beaucoup d’avortements. Les familles sont brisées,
le sens social et l’engagement manquent largement, parce que chacun
ne pense qu’à soi. Pour beaucoup d’hommes en ce pays, catholique à 80-90%, l’existence n’a plus de sens. Il y a même un mouvement néo-païen qui tente de faire revivre les vieux cultes. Les Lituaniens furent, en Europe, le dernier peuple qui se convertit au christianisme.
Jésus miséricordieux et la Mère de la Miséricorde
Dans ce pays, il n’y a d’avenir que si l’amour de notre Sauveur et de sa sainte Mère est à nouveau apporté
dans les coeurs, ce qui ne saurait advenir sans un miracle de la divine miséricorde.
Mais est-ce un hasard, dans ces conditions, que ce peuple si terriblement éprouvé ait honoré depuis longtemps la Sainte Vierge comme « Mère de la Miséricorde » ? N’est-ce pas également la prévoyance divine qui voulut que soeur Faustine peignît ici à Vilnius sa première icône de Jésus miséricordieux avec
Stand de publications en lituanien
18 cette mention : « Jésus, j’ai confiance en vous » ?
La miséricorde infinie de Dieu et la confiance en elle est le seul remède qui puisse guérir cette indicible misère et sauver d’une chute certaine.
La Lituanie étant un pays consacré
à Marie, n’est-ce pas également un motif de penser que Dieu lui réserve encore un destin, même si une terrible purification est peut-être nécessaire. Il est dans la manière divine de faire quelque chose avec ce qui, du point de vue humain, permet le moins d’espérance.
Ce pays marial n’aura-t-il pas aussi son rôle à jouer dans le retour de la Russie dont parle Marie à Fatima ? Cette heure sonnera-t-elle bientôt ? Nous ne le savons pas.
Mais les voies de la Providence, comme le fait que Dieu, malgré les revers et les croix, nous a empêchés d’abandonner, que nous avons même pu ériger un prieuré, maintient en nous l’espérance que la toute-puissance
de la grâce divine veuille faire son chemin ici également.
Fasse Dieu que nous ne soyons rien d’autre que ses instruments.
Si l’on considère l’ensemble, on commence à aimer ce pays. Ramené à l’essentiel, on commence à réfléchir.
Et effectivement, malgré tant de misère spirituelle, on trouve des âmes qui vivent à la suite du Christ d’une manière qui nous couvre de confusion. On ne les découvre que lentement. Car ce qui est grand devant
Dieu ne vient pas avec pompe, éclat et gloire, mais est caché, humilié et méprisé par les hommes. Surtout en Lituanie.
Nous comptons sur votre prière.
Kaunas, le 16 novembre 2006.
Abbé Josef Persie
Les renseignements sur l'apostolat de la FSSPX en Pologne et dans les pays de l'Est
Supérieur : Pater Karl STEHLIN
Przeorat Bractwa'sw. Piusa X
ul. Garncarska 32
04-886 WARSZAWA
POLOGNE