Nouvelles de Chrétienté - "La Simandre" (mai 2004)
auvre pays qui perd la foi et qui, hélas, semble s'installer dans ce climat d'apostasie. On n'hésite pas à dire :
« Si ça continue comme ça, en 2020 il n'y aura plus de paroisse catholique dans le centre d'Amsterdam . »
Après quarante ans de régime communiste athée, derrière le rideau de fer, les croyants ont plutôt bien résisté à la persécution. Aux Pays-Bas, quarante ans ont suffi pour voir l'effondrement quasi total des Églises. En 1970, on employait encore une expression très savoureuse pour parler de l'Église de Hollande : « Le joyau dans la tiare pontificale ! ». Une Église où le taux de pratique dominicale s'élevait à 80 %, généreuse tant financièrement que dans l'envoi à travers le monde de missionnaires bien formés et pragmatiques. En 40 ans (1960-2000) la tiare a disparu et le joyau aussi ! Les baptêmes, communions, mariages se sont raréfiés . Quant au nombre des ordinations sacerdotales, il a chuté de 90 %. Tant les régions du nord, plus protestantes, que celles du sud très catholiques, ont subi cette déchristianisation. Cela devient très inquiétant. La moitié des Néerlandais s'affirment désormais sans religion. Un tiers d'entre eux (nous l'avons déjà souligné dans la Simandre de décembre) ignore jusqu'à la signification de Noël. Un peu comme cette jeune étudiante, en collège technique à Orléans, à qui son professeur demandait ce que signifiait le Vendredi Saint et qui a répondu :
« Ne serait-ce pas l'invention du jour du poisson ? »
Quant au reste de la classe ce fut le mutisme le plus absolu. Le « Bureau de planification », étudiant le comportement des Néerlandais face à la religion depuis 1975, a même révélé que, seul un quart de la population serait encore membre d'une Église chrétienne en 2020 (contre 40 actuellement). On assure que la restructuration serait en cours. Tant mieux ! Mais comment bâtir sur des ruines ? Et qui les a provoquées ? Donnons l'exemple du diocèse d'Hertogenbosch (dans le Brabant, la province la plus catholique avec celle du Limbourg). On est passé de 365 paroisses à 150 « unités pastorales » (même technique en France, au cours de ces dix dernières années). 623 églises catholiques (sur 1800 !) ont été fermées, vendues, transformées en musées, bibliothèques ou en appartements. A Breda, un ancien couvent du XVIle siècle a même été transformé... en casino ultra chic ! « Ben Dame ! faut bien qu'ça serve» !
Comment expliquer une si brutale sécularisation ? Selon l'expression imagée du Père Amo Burg, assomptionniste de Boxtel, les Néerlandais « ont foncé dans les portes ouvertes par le Concile ». On avait tellement parlé « d'ouvrir l'Église au monde » ! Et la puanteur du monde : « Les fumées de Satan » comme disait Paul VI, sont entrées. Les Pays-Bas ont été l'un des rares pays où un « synode particulier » des évêques a été organisé, en janvier 1980 ; on y a tout traité, surtout l'accès, des divorcés remariés, à l'Eucharistie. Par contre on a su dépénaliser la consommation de cannabis (1976), légaliser l'euthanasie (2001) et la prostitution (2000), autoriser le mariage civil homosexuel et l'adoption par deux parents de même sexe (2001)... 1
A cette perte de la foi, il y a bien une cause sur laquelle on s'interroge, mais un peu tard : l'agnosticisme pratique : on accepte tout passivement, englués par l'esprit du monde, en faisant nôtres les clichés propagés au sein même de l'Église : toutes les religions se valent, il n'y a que des « Églises soeurs », donc pas besoin de ramener à l'Unique Bercail de Jésus-Christ, l'Église catholique, ceux qui s'en seraient séparés ou qui en auraient été séparés, pas de prosélytisme mais le fameux dialogue et l'oecuménisme qui provoque « l'auto-démolition de l'Église », selon l'expression de Paul VI en 1974. On ne veut plus de la croix : elle embarrasse notre nouvelle religion, celle de l'amour, en oubliant que la plus grande preuve de l'Amour de Dieu pour nous c'est de nous avoir donné son Fils et de nous réconcilier dans son propre Sang, ce Sang précieux qui de messe en messe perpétue le sacrifice du Calvaire et nous en applique les mérites.