En compagnie de soeur Marie-
Christiane et de sa soeur, nous partons
au couvent de Göffingen pour assister
à deux prises d’habit et une prise de
voile noir, c’est-à-dire aux premiers
voeux d’une novice. Mgr Fellay, après
leur avoir prêché la retraite, pontifie. Il nous
rappelle la sainteté à
laquelle nous sommes
appelés par la puissante
motion de la grâce qui
veut agir en chacun
de nous. La séance de
photos qui rassemble
tout le monde à la suite
de la sainte Messe, va
nous donner la possibilité de réunir les deux
Supérieurs Généraux de la Fraternité : Mgr Fellay, bien sûr et Mère
Marie-Augustin à peine revenue de
son élection. Mais non pas novice en
la matière puisqu’elle fut la première
Assistante sortante. Vous avez vu cette
photo en exclusivité sur la couverture
du précédent Rocher. C’est l’appren
tissage du paparazzisme.
Nous profitons du voyage pour
aller visiter la nouvelle maison d’exercices d’Allemagne ; Porta Caeli est
admirablement sise sur les hauteurs
d’une petite vallée du Schwarzwald et respire le calme
et la paix nécessaires pour trouver ou
retrouver Dieu. M.
l’abbé Pfluger nous
fait les honneurs de
la visite, et hormis le
cadre enchanteur, la
maison est excellemment bien fournie et
équipée pour recevoir
des camps de familles
ou autres.
13 mai 2006
Patronale à Mels. En arrivant la
chapelle est déjà bien emplie, bien
qu’il reste plus d’une demi-heure
avant le début de la Messe, mais elle
est trop petite pour fêter la patronne
du lieu, Notre-Dame de Fatima ou
le Coeur Immaculé de Marie. L’école est bien rôdée, les mécanismes fonctionnent
sans trop de grincements. L’effort le plus important a été d’intégrer
les nouveaux élèves de langue française, et je tiens à féliciter les professeurs pour leurs généreux efforts
envers ceux-ci, car ce n’est pas de tout repos.
L’après-midi, c’est les traditionnelles représentations
des élèves, d’abord musicales puis théâtrales. Les caractères ne sont plus à l’état d’ébauche, mais au contraire déjà profondément marqués, d’où les scènes charmantes du placide accordéoniste
ou du timide trompettiste ou encore d’autres qui s’efforcent de se montrer indifférents pour cacher leurs émotions ; pour moi, c’est surtout là le spectacle, car ils sont le terreau dans lequel demain se fera.
Le soir, nous profitons d’aller rejoindre le début de la mission mariale
à Wil. Pas mal de nouvelles têtes, attirées par le papillon tout-ménage. Les dévotions prennent beaucoup de temps au début de la procession qui doit traverser Wil, c’est sans aucun doute pour recevoir plein de grâces même sous un aspect liquide. Et cela ne manque pas puisque, arrivés au milieu du parcours, des trombes d’eau viennent rendre notre groupe bien frémissant. Enfin cela n’empêchera
pas la Vierge de se dresser sur l’autel majeur de notre église où elle va diffuser ses bienfaits jusqu’à la fin du mois.
14 mai 2006
Oberriet et sa petite école sont sur pied pour le petit pèlerinage à Notre-Dame du Bon-Conseil de Schlatt-Haslen. Il s’agit de demander
des grâces pour l’école, pour son expansion afin que les parents osent le sacrifice, car la voie de l’école traditionnelle n’est pas la voie large et facile
mais bien plutôt la voie royale du Calvaire. C’est les déplacements continuels, c’est les lourdes charges financières,
c’est les incompréhensions dont le petit monde traditionnel est coutumier, et tout cela est difficile à porter. Mais de voir de belles familles avec des enfants normaux, c’est-à-dire équilibrés et joyeux de vivre, montre que le jeu en vaut la chandelle.
Le plus intéressant dans ce pèlerinage
est que lorsque nous traversons
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les belles prairies de l’Appenzell, tous les troupeaux mugissent et suivent un petit bout notre cortège. Mais les hommes, eux, restent imperturbables et indifférents… plus impies que les animaux !
20 mai 2006
Messe de clôture de la Mission mariale à Wil, où plus d’une trentaine de personnes vont faire leur consécration
à la Sainte Vierge à la manière de saint Louis Marie Grignion de Montfort.
Mais comme toute consécration, si le geste initial est capital, c’est la fidélité à cet engagement qui en fait toute la richesse. Mais en tous les cas, il est indéniable que là où passe Marie, elle s’attache les âmes d’une manière particulière.
21 mai 2006
Le KVP (Katholische Volkspartei)
se rassemble au Flüeli-Ranft pour un Maiandacht (Rosaire et salut du Saint-Sacrement), il m’est demandé de faire une prédication pouvant intéresser les membres de ce parti. Toujours un peu provocateur, je développe
un thème peu parcouru : l’intolérance ecclésiastique. Il est remarquable d’analyser les fruits profonds et durables de cette intolérance,
surtout à notre époque où l’intolérance
est devenu un grave péché. Un catholique qui veut le rester, et qui veut de plus faire de la politique, doit posséder ce principe, sinon il sera condamné tôt ou tard à rejoindre la fange libérale des partis du Centre, neutre, incolore et inodore, bref insipide.
La petite assemblée ne me bandouilla
pas à la sortie, au contraire, plusieurs se montrèrent ravis d’avoir pu entendre ces principes.
25 mai 2006
Messe à Genève pour permettre à l’abbé Maret de célébrer l’Ascension à Sion. Sion, où une belle assemblée se retrouve, tout heureuse de fêter ensemble cor unum et anima una. La vie est tellement pénible, on ne peut guère échanger avec la famille, avec les amis, avec les voisins, que des banalités
et autres platitudes. Parler de la foi, de l’Eglise, de vie spirituelle, et même de la vie de tous les jours mais cette fois à la lumière de la foi, c’est revigorant et fortifiant. Il est beau d’entendre nos catholiques, jeunes et moins jeunes chanter leur foi en traversant la ville sous l’oeil médusé des attablés de la Place du Midi et des badauds du Grand-Pont.
Voici ci-après un article envoyé au Nouvelliste pour expliquer le pourquoi de notre passage en ville de Sion. Mais l’ouverture, c’est bien connu, ne va que dans un sens :
"Jeudi de l’Ascension, 25 mai 2006, à Sion. Une procession déambule
à travers les rues de la capitale, sous l’oeil intrigué des badauds. Une poignée de catholiques fiers de l’être
chantent leur foi et leur amour de la Vierge.
Derrière la croix de procession, des enfants de choeur, soutane au vent, et une soixantaine de séminaristes et de prêtres habillés à la Don Camillo. Il paraît qu’ils viennent d’Ecône. Derrière eux, une troupe bigarrée de jeunes et de vieux, de cannes et de poussettes, de petits enfants et de grands-parents.
Le but de leur pèlerinage ? Notre-Dame de Valère. C’est une antique tradition de monter là-haut le jour de l’Ascension. Depuis quelques années, cette tradition revit. Plutôt sympa pour un jour de fête religieuse, non ? Mais voilà, les processions,
au XXIe siècle, on n’aime plus tellement
ça. Du moins pas avec des chants en latin et des catholiques qui prient comme avant le concile Vatican II.
Le vénérable Chapitre de la cathédrale n’ouvrira pas les portes de la basilique à ces fidèles d’un autre âge. Monsieur le Doyen les a prévenus : ils ne peuvent visiter
les lieux qu’à titre privé, en simples touristes. Par conséquent, prière d’éviter cantiques et litanies, ça pourrait faire désordre dans une église.
En réalité, ils ne monteront même pas jusqu’à la basilique. Elle est déjà occupée. On ne visite pas, même en simples touristes. Le motif ? Un concert
y est organisé. Simple coïncidence ? Sûrement. Mais au fait, une basilique, ça sert à quoi ?"
Abbé Michaël Demierre.
29 - 30 mai 2006
Sortie des prêtres dans un lieu idyllique en terre oberwaldienne, le printemps qui éclate dans les parures bigarrées des champs et sous les cieux des aubes alpestres. Et bien la poésie en resta là, puisque les deux jours se passèrent sous la pluie, le brouillard et pour terminer la neige et le froid. Le Seigneur pouvait donner, Il ne l’a pas voulu, que son saint Nom soit béni ! Alors was ! Il ne resta plus que le jass et les jeux de société !
4 et 5 juin 2006
Petit passage à Paris, pour venir conforter nos courageux pèlerins qui marchent depuis deux jours et qui voient passer la deuxième étape de 35 à 40 kilomètres. C’est plus vite écrit que fait !
7 et 8 juin 2006
Passage en Suisse romande du professeur Olivereau qui, invité par le district, s’est rendu obligeamment à nos voeux en faisant 5 conférences en moins de 4 jours.
Il est très éclairant d’entendre expliciter
le rôle du père, ses relations avec la mère et avec ses enfants. On comprend mieux pourquoi la révolution
s’en est emparé pour le vider de sa réalité. Mais en suivant les explications
du professeur, on comprend très bien que cela va bien plus loin, puisque la destruction de cette notion de paternité va dans le sens même de désavouer la paternité divine. On en arrive donc logiquement à notre combat pour la foi qui met Dieu notre
Père comme principe de toutes choses. Or le Christ est Dieu, donc… le Christ-Roi.
9 et 10 juin 2006
Visite en compagnie de l’abbé Köchli de l’école de Diestedde dans le nord de l’Allemagne. En effet, notre compatriote prieur d’Oberriet se voit confier la lourde charge du rectorat. Nous avons dans cette école 27 Suisses
à la fin de l’année scolaire, et ce sur 69 élèves au total. La séparation en plusieurs langues de notre pays rend impossible la création d’un gymnase dans notre pays, c’est pourquoi nos jeunes cherchant à faire de bonnes études doivent s’expatrier.
L’école est magnifique, spacieuse à souhait, mais manifestement ce n’est pas tout ! Pourquoi si peu d’Allemands
la fréquentent-ils ?
Nous sommes arrivés pour la cérémonie de remise d’Abitur (maturité), et là on reconnaît bien l’Allemagne, qui met en scène une fastueuse cérémonie où rien n’est laissé au hasard. Cela ne manque pas d’un certain panache. Au retour, nous faisons encore un "petit" détour (on n’a pas tous les mêmes notions des distances !) pour visiter ce qui deviendra
le monastère des bénédictins en Allemagne. Une très belle demeure, une chapelle attenante, avec une cour et des bois à foison. Et ce à deux pas de la frontière belge, l’évêque n’a pas digéré l’événement ! Décidément ils ne sont plus catholiques (c’est-à-dire universels) que dans leur sainte horreur
de la Tradition… quelle unanimité,
quelle ferveur ! Quels raseurs !
15 juin 2006
Fête-Dieu à Wil. Je dois avouer qu’il est très gratifiant de pouvoir solenniser dans une telle nef. On dit bien que les murs et les bâtiments ne sont pas tout, mais on ne peut nier l’importance de ces édifices pour aider à la constitution d’une paroisse.
Pour honorer le divin et adorable Sacrement, les anciens autels sont utilisés et revêtus d’une belle parure florale et le plus beau des ornements
est sans conteste ces enfants tout de blanc vêtus qui devancent l’Ostensoir où rayonne Dieu Lui-même. Ils sont vraiment l’embellissement sans lequel une Fête-Dieu ne peut qu’être fade, car la marque de la pureté resplendit sur leur front.
Alors évidemment, on ne peut que s’étonner quand on sort de “chez nous” avec le Bon Dieu, et que l’on constate combien cela touche peu les gens. Un promeneur passe indifférent avec son chien, à la terrasse d’un restaurant, notre passage alimente quelque peu les discussions. On oserait presque imaginer leurs dires : “Ah, c’est bien, ils font prendre l’air à toutes leurs vieilleries !” Les voitures passent tout proche et leur ralentissement
présage des regards curieux. Et pourtant cette petite Hostie, c’est Elle qui tient le monde sous Sa puissance. Et Elle passe. Sans faire de bruit. Sans trop attirer l’attention. Sans punir d’un feu vengeur les mécréants. C’est tellement loin de notre psychologie, que cela fait beaucoup de bien de méditer la manière divine d’agir à notre époque.
25 juin 2006
Ce n’est pas rare que la Tradition
se trouve en des endroits un peu perdus, un peu paumés. Le nouveau noviciat des capucins de Morgon en est un. A Aurenque, minuscule hameau
du Gers à l’ouest de Toulouse a été accueillie la petite communauté des bures brunes.
Les photos nous montrent des toits éventrés, des locaux parfaitement
inhabitables, aucune installation
électrique, des sols pas à niveau, etc. ; en trois années de générosité et de courage, des bénévoles se sont mis à l’oeuvre et ont soutenu le Père Jean pour transformer le lieu en un magnifique
petit monastère. Les vieux murs édifiés avec le calcaire méridional soutiennent de grands toits de tuiles rouges, c’est une belle réussite.
Nous avons donc assisté aux premiers voeux de deux religieux : le frère Pio de France et le frère Fidèle-Marie du Valais. Après une première année de postulat, à la fin de laquelle ils ont revêtu l’habit capucin,
ils ont encore accompli une année de noviciat avant de prononcer les trois voeux de religion. Ensuite, la voie se poursuit par les premières années du scolasticat de philosophie puis de théologie mais ces études se poursuivent à Morgon même. Une remarque encore, la liturgie de ces religieux se marie parfaitement avec la simplicité et l’humilité des fils de saint François : nous, à la Fraternité Saint-Pie X, nous apprenons à nous tromper mais avec dignité ; eux, ils se trompent en toute simplicité ! Nous avons donc simplement souri.
Henri Wuilloud †
Chronique extraite du Rocher numéro 42 - Bulletin du District de Suisse
Supérieur : Abbé Henri WUILLOUD
Prieuré Saint-Nicolas-de-Flüe
Solothurnerstrasse
4613 Rickenbach. SO
SUISSE