FEUILLES DE ROUTE DU DISTRICT DE SUISSE - Le Rocher n° 45
4 - 5 novembre 2006
Un de ces tours de Suisse, comme
on ne peut que les aimer, m'attend pour ce week-end. Départ pour Menzingen,
chez mon traducteur qui me fait repasser mon sermon en italien ; c'est le moment où on peut encore rire de ses fautes et exagérer les mimiques,
ma. demain il faudra être sérieux !
Dimanche, de bon matin, direction
Coire, puis passage par le col du San Bernardino. Personne au sommet, les plaques de glace recouvrent
une partie de la route, aussi dans cette petite solitude, un temps est donné au bréviaire. Puis descente sur le Tessin, pour Lugano. La petite communauté a de la peine à vraiment prendre pied. Pour un esprit italien, il est très difficile d'imaginer le culte catholique dans un appartement. L'église ou la chapelle, c'est capital pour lui. Avec nos faibles moyens et ne pouvant compter sur aucun support
local, nous en sommes réduits à végéter dans un appartement. Cela n'est pas très motivant pour les prêtres qui desservent le Tessin, ni pour les quelques fidèles pourtant très attachés à la Fraternité. On se demande vraiment
parfois ce qu'attend de nous la divine Providence !
Le retour se fera par Locarno avec un petit passage au sanctuaire de la Madonna del Sasso ; afin de quémander quelques lumières. Puis dans les Centovalli, à Ré plus précisément,
célèbre pour sa magnifique rotonde et plus encore pour sa Vierge du miracle (du sang avait suinté d'une image peinte sur le mur après qu'un blasphémateur lui eût jeté une pierre).
Ah, l'histoire religieuse catholique est vraiment passionnante, partout, même dans les endroits les plus reculés,
Dieu agit de manière merveilleuse.
Encore un col, celui du Simplon, et me voilà en terre valaisanne, que je retrouve incendiée par un sublime coucher de soleil d'automne. Qu'il est bon le Bon Dieu, aurait dit le Père Barrielle !
6 - 11 novembre 2006
On se retrouve à deux prêtres pour quatre retraitants dans la charmante Gruyère. C'est un peu du luxe ! Oui, si l'on n'examine cela que sous l'aspect de la rentabilité, mais non, au grand jamais, sous l'aspect des âmes. Il suffit qu'un de ceux-ci devienne un saint, peut-être un autre François-Xavier ou Nicolas de Flüe ! Qui sait les voies de la divine Providence ! Au moins, nous avons accompli notre ministère et notre devoir, mais combien ont négligé - j'insiste - objectivement négligé ce trésor qui leur est proposé sous tous les prétextes possibles et imaginables. Comme si cinq jours de tête-à-tête avec notre Créateur et Sauveur étaient un luxe superflu. C'est un luxe, il est vrai !
Cependant il est nécessaire et vital ! Il est possible que tous ceux qui n'ont jamais fait ces Exercices soient prêts à nier cette vérité, tandis qu'au contraire, de ceux qui les ont suivis, peu me contrediront. Cela me fait penser à un vieux copain qui s'occupe d'une décharge. Il ne pratique pas mais saura toujours tout mieux que quiconque sur la religion. Il ne fait pas de politique mais connaîtra évidemment toutes les ficelles des votations et des élections. Et cela dans tous les domaines. Moins on sait, plus on croit savoir !
14 novembre 2006
Nous prenons le pouls de notre école d'Onex. Depuis quelques mois, une petite classe de 6e année primaire garçon s'est ouverte. On y fait de l'anglais
sous la houlette du prieur, M. l'abbé Doran, et, paraît-il, les progrès sont phénoménaux. Nous pouvons aussi relever l'excellent travail de nos soeurs, bien laborieuses et fidèles dans le devoir quotidien. "Tenez fidèlement à vos constitutions", comme le rappelait
sainte Thérèse d'Avila à ses filles sur son lit de mort, "et vous serez toutes des saintes canonisables !"
Nos soeurs sont aussi soumises à ces pressions du monde "rentabilisateur", qui tente toujours de venir briser ces lois internes d'une communauté. Nous les remercions pour cette fidélité et cet exemple, qui vaut toutes les plus belles prédications.
19 au 24 novembre 2006
Un séjour qui ne sera pas passé
inaperçu : le docteur Jean-Pierre
Dickès et son épouse sont invités
en Suisse romande pour donner
plusieurs conférences sur différents
thèmes, tant pour les fidèles que
pour les ecclésiastiques.
Un sujet important est
« L'Homme artificiel» ; le
livre qui vient de paraître
sous ce titre traite globalement de toutes les
déviations contemporaines pour y déceler
le lien qui les unit.
La réponse se trouve
dans l'homme artificiel, c'est-à-dire
dans l'être humain
réduit à l'état
de matériel hu-
main, formaté et
aseptisé contre le virus
d'une morale et d'une liberté qui
échappe à la démocratie nouvelle.
Un aspect très intéressant, et très
intéressé de ma part, fut la réunion
des milieux médicaux de la Tradition
à Monthey. Toute une belle et jeune
cohorte de disciples d'Hippocrate put
écouter le docteur et son expérience.
Depuis maintenant 18 ans je crois, il
est à la tête de l'ACIM (Association
catholique des infirmières, médecins
et professionnels de santé) et dirige
la rédaction des Cahiers Saint-Raphaël qui sont une précieuse source
de renseignements et de formation
pour les professionnels de la santé
(comme on dit aujourd'hui). Il est
tellement diffi cile de rester catholique dans ce milieu qui s'est spécialisé
dans le corps, et le corps seulement ;
comme il est important de se grouper,
de resserrer les rangs, pour
garder et transmettre toutes
les valeurs de
la médecine !
On peut très bien
apprécier certaines
techniques nouvelles, et rester inébran-
lable sur les principes
qui régissent et qui
régiront pour toujours
l'être humain. Le devoir
ne transgressera jamais
ces principes. Médecins,
pharmaciens, infirmiers,
aide-infirmiers, secrétaires
m édicaux, vous tous qui travaillez
dans les branches médicales et para-médicales, unissez-vous !
27 novembre 2006
C'est déjà la préparation de la
nouvelle année, on ne peut s'empêcher de constater que cela va trop
vite. Les nouvelles dates, la distribution des tâches pour 2007 : qui est
prêt pour aller à Chartres-Paris ? trois mains se lèvent. C'est encourageant, il y a encore de la vigueur et du zèle et (mieux encore pour moi) il n'y a pas besoin d'appeler !
Et ce fut la même chose pour les retraites, pour les camps, etc. ; cela prouve un bel esprit puisque les confrères se présentent
sans rechigner devant la besogne et s'effacent au besoin devant un autre désireux de participer à une oeuvre particulière. Voilà le résumé de la dernière réunion des prêtres à Bâle.
30 novembre 2006
Pour l'assemblée générale de Fleurs de Mai, il y a cette année (presque) foule ! Y aurait-il de grands changements en perspective ? Oui et non ! Non, car ce sont quelques lignes modifiant les statuts de l'association, et que sont quelques lignes sur les milliers que nous voyons défiler chaque jour ! Mais oui aussi, parce que ces quelques lignes modifient essentiellement le rôle du prêtre dans l'école.
Nous ne sommes pas pour l'école laïque et même plutôt contre, car l'Eglise n'y a aucun mot à dire. Mais nous ne sommes pas non plus pour des écoles où l'Eglise dirige tout sans les laïcs.
Il y a une anecdote sur les pères du libéralisme catholique (de soi les deux termes sont inconciliables !) qui sévirent au milieu du XIXe siècle en France : Mgr Dupanloup, Montalembert,
de Falloux. C'était dans les premiers jours de janvier 1849, une commission de 24 membres fut réunie pour débattre de la grande question de la liberté d'enseignement. Thiers présidait, il était républicain pur et dur, c'est-à-dire anti-catholique et franc-maçon. La France venait de connaître des heures troubles (les Journées de Juin) et Thiers, tout apeuré, proposa une solution inattendue
de sa part :
"Il n'y a qu'un seul remède, il faut confier à l'Eglise l'instruction primaire, entièrement et sans réserves."
Que répondirent nos libéraux présents ? Ils se récrièrent. Ils n'en demandaient pas tant :
"Il y a un point, déclara Montalembert, sur lequel je ne saurais être d'accord avec M. Thiers, c'est sur l'influence exclusive
à donner au clergé ; car je ne veux aucunement abdiquer le principe de la liberté d'enseignement."
Cela ne passa donc pas. Thiers est ici sans conteste plus catholique que nos libéraux. Une loi (nommée loi de 1850) fut votée, qu'un Mgr Pie nommera plus radicalement Loi de servitude. Car la lettre et l'esprit de cette loi se résument
dans la composition du Conseil supérieur de l'Instruction publique : au sommet le ministre qui est de droit président ; au-dessous : quatre évêques, deux ministres protestants et un ministre israélite.
Rassurez-vous, on n'en était pas là à l'école Fleurs de Mai, mais le prêtre
qui avait la fonction d'aumônier ne dirigeait pas, il n'avait qu'un rôle de conseil, tandis que son nouveau rôle est d'être le recteur de l'école, c'est-à-dire qu'il dirigera comme l'Eglise le demande, aidé en cela par le soutien, l'expérience et le conseil de laïcs dévoués à l'oeuvre de Fleurs de Mai.
9 décembre 2006
Plus d'une quarantaine de personnes
se sont réunies pour la session de formation de nos enseignants d'Outre-Sarine à Wil, invitées par le recteur, M. l'abbé Schreiber.
Une personne compétente, lisant Platon dans le texte, vient donner quelques principes de pédagogie à partir des leçons du disciple de Socrate.
Tout chez ce maître d'Aristote ne peut pas être pris tel quel, comme par exemple son principe que l'homme ne pèche que par ignorance, c'est-à-dire qu'une fois éclairée par l'intelligence,
la volonté ne peut faillir ; ceci démontre une méconnaissance certaine des suites du péché originel. Mais sa manière de hiérarchiser les domaines de l'intelligence semble déjà faire partie des règles de l'abstraction
et ces dernières sont très importantes pour la philosophie. De fait le niveau était assez élevé, et notre maîtresse de conférence, Mme Stéphanie
Gliwitzky de Dresde, a donné le goût des principes. C'est vraiment par l'assimilation de ceux-ci que notre combat pour la foi, pour la morale et même pour la nature, garde toute sa force et son intensité.
8-10 décembre 2006
Depuis son couronnement à Biberist le 3 décembre 2005, la Vierge pèlerine du district de Suisse a fait le tour de tous les grands centres d'apostolat
de la Fraternité en Helvétie.
rance a lancé ce mouvement marial. Il faudra plusieurs années à la Vierge Pèlerine pour parvenir à visiter toutes les communautés de la Tradition de ce district. Le couronnement de la Vierge pèlerine eut lieu le 8 décembre, en un lieu hautement symbolique : la basilique Notre Dame de Fourvière à Lyon.
La capitale mariale a organisé pour cette occasion son 2ème colloque marial sur le thème de "La médiation universelle de Marie". Un prêtre du district de Suisse y était présent, pour la plus grande joie de ses confrères curieux de connaître comment les missions mariales se sont déroulées en Suisse et les fruits que nous en avons retirés dans notre apostolat.
Chronique extraite du Rocher numéro 45 - Bulletin du District de Suisse
Supérieur : Abbé Henry WUILLOUD
Prieuré Saint-Nicolas-de-Flüe
Solothurnerstrasse
4613 Rickenbach. SO
SUISSE