FEUILLES DE ROUTE DU DISTRICT DE SUISSE - Le Rocher n° 47
3 mars 2007
Enterrement d’un confrère en Allemagne. La dernière fois, que je l’avais vu, il tenait la baguette de direction dans notre église de Wil pour une interprétation splendide du Messie de Haendel. L’abbé Bruno Isenmann était donc connu en Suisse, particulièrement pour ses talents de musicien
et d’interprète, car il rassemblait annuellement
une trentaine et jusqu’à une cinquantaine
d’amoureux de la musique sacrée pour passer une semaine en répétition
et qui se terminait par un concert : la « Chorwoche » c’est le côté culturel de la Tradition et qui, j’espère, va continuer.
Mais c’est surtout un prêtre que nous sommes allés enterrer dans ce charmant village de Nordrach dans la Forêt Noire, qui, depuis plusieurs années, se donnait pour les jeunes dans notre école de Diestedde.
Ce prêtre surtout était de notre chère Fraternité, de notre famille religieuse qui nous vaut tant de grâces durant notre vie ici-bas et qui continue d'en donner une fois le grand départ accompli
: en effet, tous les membres prêtres sont tenus de célébrer une messe à l’intention du défunt.A notre époque, recevoir plus de 450 messes traditionnelles,
sans compter celles offertes par la famille et les amis du défunt, est le summum du luxe spirituel !
Une quarantaine de prêtres et plus de 800 fidèles s’étaient rassemblés dans une salle du village pour unir leurs prières dans le rite ancestral et sacré, alors que la belle église du village restait tragiquement close. Ils peuvent être étrangement lugubres, nos chers oecuménistes !
Un des nôtres est parti, il s’agit de le remplacer ; qu’un jeune se lève et vienne combler le rang. Que Dieu puisse nous entendre et donc se faire entendre !
5 mars 2007
Cette année, le thème principal des réunions des prêtres voudrait traiter de la Sainte Trinité. Puisqu’il faut tout rebâtir, entamons la construction sur les plus profondes bases de notre religion : Dieu un et trine. Et c’est passionnant
de chercher à connaître cet Abîme de Sagesse, avec notre pauvre intelligence mais aidés et soutenus par la grâce divine.
Souvent on nage en plein mystère, mais les quelques vérités glanées de ci de là valent toutes les peines du monde, car ce sont des lueurs de Celui qu’on ne finira jamais de goûter… et ce pour l’éternité, si du moins nous avons été trouvés fidèles. Et parler de Dieu, c’est être dans les hauteurs… c’est pour cela que nous nous sommes retrouvés à Salvan !
En début de soirée, nous nous déplaçons avec l’abbé Demierre pour un autre genre de réunion à la chapelle de Monthey.
A un cercle des milieux de la médecine, le Dr Blanchut développe le thème de l’euthanasie. Intéressant constat
: les milieux pro-mort n’ont pas des milliers de moteurs pour faire avancer leur cause ! L'on connaît surtout un certain Dr Saubel qui se démène depuis plusieurs années pour justifier le libre choix devant la mort. Il s’appuie sur deux principes (faux bien entendu !) : il vaut la peine de vivre seulement si la qualité de la vie est respectée au minimum et si on peut garder un certain degré d’indépendance. Vous apprécierez la précision !
Et oui, notre pays est aux prises avec de tels assassins mais cela ne suffit pas encore pour donner un semblant d’envie à nos compatriotes catholiques et traditionalistes
de se bouger un petit peu. Sommes-nous déjà en état de mort latente ? Alors on pourra bientôt nous débrancher !
9-11 mars 2007
L’école de filles de Will semble vouloir viriliser ses demoiselles,
puisque son saint Patron est Dominique Savio ; alors que les garçons
de Mels restent sous le féminin patronage de la Très Sainte Vierge ! Non, ce ne sont que les faits historiques qui font que les deux écoles secondaires de Suisses ont permuté leur emplacement. Mais voilà, cela fait 150 ans que le jeune et admirable saint de la région turinoise est parti pour la couronne de gloire du Paradis.
Lorsqu’on voit une image de saint Dominique Savio ou que l’on entend le récit de sa courte vie, on ne se sent guère concerné car il est si "rose", si rayonnant de sainteté, si vertueux dans son maintien… pour tout dire, on aimerait presque mieux un saint qui a commencé d’être un pauvre pécheur comme nous et qui aurait eu sa vie transformée par la grâce.
Mon Dieu, saint Dominique c’est si haut et si bon… Cependant il y a des aspects qui peuvent être vraiment saisissables par chacun d’entre nous : il a eu foi en l’action du prêtre !
Il y a là premièrement une leçon pour nous prêtres.
Ce saint prêtre Don Bosco a eu cette audace de croire à la sainteté de cette âme et il l’a généreusement
conduite jusqu’au bout. Cette relation de confiance a permis à cette jeune âme de s’appuyer sur son confesseur et père, non pas parce qu’il était seulement sympa mais parce qu’il avait compris que Dieu son véritable Père du Ciel parlait et agissait à travers
son prêtre.
Nous avons, comme prêtres, une puissance extraordinaire, insoupçonnable pour répandre le bien ; et nous prêtres, devons avoir foi en cette action divine par le sacerdoce
; pour les fidèles également, la foi est sollicitée pour croire que la perfection
ne s’établira pas hors de l’action
d’un prêtre.
Nous sommes loin d’avoir les talents de Don Bosco pour approcher les âmes, cependant fondamentalement
tout prêtre peut donner autant, car ce qu’il donne le dépasse totalement. Saint Dominique crut et vécut cette réalité et il devint saint.
12 mars 2007
Réunion sacerdotale pour la Suisse allemande à Uznach qui n’a jamais vu autant de soutanes dans sa chapelle de la maison des Graber, mais la réception est royale, je ne veux pas en dire plus car nous sommes alors en plein Carême.
Comme prêtre, nous sommes toujours émerveillés de voir que les bons fidèles arrivent, aidés de leur foi profonde, à dépasser l’âpre écorce de notre humanité
pour y vénérer le don de Dieu qu’est le sacerdoce.
Les conférences traitent également du sujet trinitaire
avec une grande question à la clef : est-ce que l’Ancien Testament
connaissait le mystère des trois Personnes de la Trinité ? Réponse disputée, mais très intéressante ! Le premier
problème pour nous, serait de pouvoir lire les textes dans la langue originale : l’hébreu !
Aussi rassurez-vous ce n’est pas de foi !
Aussi est-on bien aise d’entendre
les fermes affirmations de l’évangéliste St Jean. Chez lui, c’est clair… on se demande
comment font les sectes protestantes pour ne pas voir ou lire cette affirmation !
13 mars 2007
Avec l’abbé Stefan Pfluger, recteur de Mels, nous nous rendons à Stuttgart pour une réunion importante, puisque certaines décisions qui touchent
l’avenir des écoles doivent être prises. La plus importante concerne la fermeture pour l’été 2007 du gymnase
de Diestedde. Evidement cela fait l’effet d’un mini-cataclysme au sein de la sphère germanique de la Tradition, mais à mon avis le réalisme a prévalu. Il faut rebâtir c’est certain !
En mettant tous les atouts de notre côté, car sinon le vivier
des vocations – déjà bien maigre – va se tarir totalement. Aussi les trois districts d’Allemagne,
d’Autriche et de Suisse se trouvent dans la nécessité d’unir leurs forces pour réaliser un gymnase bien conçu, bien placé, jouissant du maximum de liberté étatique, et fonctionnant de la manière la plus rationnelle possible. Il y a donc du pain sur la planche… Actuellement les issues proposées de Saarbrücken et de Mels sont des solutions à court terme. Mais le long terme se prépare !
24 mars 2007
Un seul candidat
à Zaitzkofen pour la réception du sous-diaconat. C’est un de nos compatriotes, l’abbé Markus Kretz qui va faire le pas pour la vie, s’engageant dans la voie évangélique du renoncement et de la chasteté. Tous les regards sont fixés sur cet unique prétendant pour l’encourager à oser faire confiance au Christ-Prêtre qui l’appelle.
Le mystère est immense, l’action divine si imposante ; Dieu impose à un homme une mission qui exige une fidélité sans faille, mais Il lui laisse la liberté de la faire sienne et toute la solennelle liturgie nous accompagne dans ce don profond et véritable. La famille nombreuse aide un tel choix, car elle oriente tout naturellement vers le bien commun. Or le don de soi à l’Eglise devient le terreau fécond pour sauver les âmes, et cela, c’est le plus grand bien commun qui existe, et c’est d’ailleurs pour cette seule raison
que le Verbe s’est fait chair.
25 mars 2007
En ce premier dimanche de la Passion, à Oberriet nous est proposé la bénédiction du chemin de croix. Le rituel réserve cette bénédiction à l’Ordinaire, cela veut dire pour la Fraternité
au supérieur de district, afin de montrer l’importance que l’Eglise attache à cette dévotion.
Suivre le Christ avec sa Croix est en effet tout le programme et il est bien affiché dans toutes les églises.
Après les prières de bénédiction, le rituel demande de faire le chemin de la Croix et le prêtre s’arrête devant
chaque station pour mettre la petite croix sur l’encadrement, et il doit baiser et la croix et la station. Le baiser en liturgie est un témoignage de vénération et d’amour envers le Christ Rédempteur. A sa Passion et à sa Croix, il signifie la reconnaissance pour ce commerce surnaturel de vie divine entre le ciel et la terre.
Aussi à la Messe avant de s’adresser au peuple,
le prêtre baise l’autel pour que ses actions et ses paroles s’appuient fermement
sur le Christ. Cela manifeste la singulière intimité qu’il y a entre le Seigneur et son ministre.
26 mars 2007
La petite chapelle d’Uznach s’est revêtue des ses plus beaux atours pour accueillir la Vierge pèlerine. Car elle ne visite pas seulement nos plus belles
églises, oh non, elle ne dédaigne aucun de nos plus petits sanctuaires prêts à la recevoir. Il est vrai que nos missions n’ont pas l’envergure de celles
prêchées par le grand Cardinal de Milan, saint Charles Borromée, dans certaines paroisses la distribution de la communion durait 4 à 5 heures avec plusieurs prêtres.
Notre bonne Mère est certainement tout émerveillée de voir ses enfants se rassembler à ses pieds, peu importe le nombre pourvu qu’elle nous regarde !
Dimanche des rameaux - 1er avril
Faut-il développer les chorales d’enfants ? Certains esprits manifestent
une certaine distance devant cette optique, car pour ceux-ci, les enfants font trop de fautes et alors ils ne sont pas éduqués au beau ou édifiés.
De plus aussi, notre époque met trop vite les enfants en avant, sans que ceux-ci aient reçu une formation ou une quelconque transmission.
Les objections sont intéressantes et ne sont certainement pas dénuées de fondement, mais je dois avouer que lorsqu’ils se mettent à chanter du grégorien, je ne peux m’empêcher d’imaginer le sourire de contentement
du Bon Dieu, Il doit être tout en joie d’entendre la louange, qui Lui est due, sortir des coeurs purs de ses enfants.
A Enney, notre frère a lancé une telle chorale, et les progrès vont bon train. D’ailleurs pour ce jour des Rameaux, les adultes, et d’abord en plus, les soutanes pour le chant de la Passion, firent plus de fautes que la joyeuse cohorte des petits chérubins. Faisons chanter nos enfants, apprenons-
leur à bien chanter, cela leur sera un acquis important pour les aider à garder la foi, car ils auront appris à l’aimer et à la servir d’une manière extraordinaire.
Lundi Saint – 2 avril 2007
Toute la communauté sacerdotale de Rickenbach se retrouve dans le jardin
pour des travaux d'entretien. Avec les ans, nos pommiers ont vieilli ! Il faut les remplacer. L'abbé Odermatt ayant pris en main le dessouchage, il reste aux autres abbés à niveler autour des nouvelles pousses.
Jeudi Saint - 5 avril 2007
Belle réunion sacerdotale à Ecôneà l’occasion de la messe chrismale. Il y flotte une atmosphère céleste, et cela marque profondément ceux qui assistent pour la première fois. Pour nous qui sommes empêchés d’assister aux cérémonies romaines avec toute leur splendeur et leurs pompes, nous pouvons nous en faire une idée par cette cérémonie du Jeudi-Saint. L’homme, c’est sûr, n’est pas fait pour la terre, rien ici-bas ne peut rassasier son âme comme une telle cérémonie.
Merci mon Dieu et merci Monseigneur
Lefebvre de nous avoir donné ces évêques.
Vendredi Saint – 6 avril 2007
En allant à Delémont pour la Fonction Liturgique, la Providence me fait rencontrer une personne très intéressante. Elle a été longtemps plongée dans les milieux de la drogue et les avait à peu près toutes essayées. Cette personne n’a rien reçu comme éducation religieuse, mais on peut voir en lui un bon type. Après un bon moment de discussion, il s’ouvre toujours plus. Il me raconte l’histoire suivante :
« Voici quelques temps déjà, des amis d’ailleurs m’avaient envoyé un buste en plâtre du Christ et je me demandais bien ce que cela pouvait signifier. Un peu plus tard, je reçois un message me demandant si je l’avais ouvert… Ouvert quoi ! Et bien la tête du Christ ! Alors je fractionnais le visage du Christ pour découvrir de la drogue
dissimulée. Seulement, Monsieur l’abbé, vous voyez cette cicatrice sur mon visage. [Et de fait, j’avais bien remarqué une longue balafre qui partait du front jusqu’à la pointe du nez]. Et bien, continua-t-il, c’est exactement
de la même manière que j’avais fracturé ce Christ… quelques mois plus tard par accident je me faisais la même blessure ! Monsieur l’abbé, il n’y a pas de hasard ! On m’a proposé un peu plus tard de faire de la chirurgie esthétique pour me supprimer cette marque, mais j’ai refusé pour ne pas oublier !»
Non, de telles âmes ne sont pas loin du royaume de Dieu, assoiffées d’entendre parler de Dieu. De ces âmes bien plus aptes que nous peut-être à goûter la richesse et la splendeur
des cérémonies de la Semaine Sainte.
Samedi Saint – 7 avril 2007
Les communautés de Menzingen,
Rickenbach et Littau se rassemblent
dans notre église Saint-Joseph à Littau pour le chant des Ténèbres.
Cela rappelle vraiment les beaux souvenirs du séminaire plongé durant
ces jours saints dans cette ambiance liturgique et nous faisant respirer l’esprit de l’Eglise.
Bien qu’il n’y ait pas de sermon, de paroles en langue vulgaire, mais on peut suivre
cependant dans les livres, eh bien les fidèles qui suivent de telles cérémonies
ne s’ennuient point du tout, et ils remarquent bien ce que cela veut dire « prier avec l’Eglise ».
Avec ceux qui ne sont pas trop fatigués des cérémonies de la Semaine Sainte j'entreprends l'ascension (eh oui !) du Sigrisweilerrothorn. La journée
est magnifique et nos alpinistes rayonnent de la joie pascale !
20 avril 2007
L'abbé Eric Jacqmin d'Anvers (Belgique) étant de passage au prieuré – pour rendre visite à un de nos confrères qu'il a connu en Belgique
(devinez lequel !) – nous prêche une récollection sur « L'image de la Trinité dans l'homme ».
Notre soeur a trouvé l'exposé très intéressant, sutour les exemples pratiques comme ceux tirés de la nature…
22 au 26 avril 2007
Visite canonique à Genève. La vision personnelle de la foi n’est pas le propre des protestants à Genève, mais on la découvre également chez nos premiers traditionalistes. Certaines
discussions m’ont fait découvrir que Dieu ne pouvait pas avoir créé un enfer éternel, car cela dépasse leur entendement.
Le Dieu des miséricordes peut-Il garder une vengeance qui est sans fin ! Alors le dogme et le Credo doivent s’adapter à notre conception de l’amour de Dieu. Ce qui reviendrait
à dire que notre foi ne viendrait plus de l’autorité de Dieu qui révèle ses vérités, mais de notre raison qui ébauche ses concepts. Celui qui nie une seule vérité de la foi catholique n’a plus la foi, même s’il va à la messe traditionnelle, même s’il a des idées conservatrices.
On ne croit que parce que Dieu nous demande de croire, et nous croyons parce que nous savons qu’Il ne peut ni se tromper ni nous tromper.
Alors si des vérités nous semblent difficiles à admettre, il faut mettre notre
confiance en Dieu et être pleins de défiance face à notre faiblesse. Car qui peut comprendre Dieu, qui peut dire que sa Sagesse est limitée ou injuste ? Ainsi l’enfer est éternel
29 avril 2007
La chapelle de Lausanne est quasi cathédrale, puisque son choeur possède la place pour faire des cérémonies pontificales ! Mais heureusement que les séminaristes
d’Ecône n’ont pas encore l’embonpoint
qui se révèle bien souvent après quelques années de ministère, leur sveltesse a permis qu’une belle cérémonie se déroule à l'occasion de la consécration de l’autel à saint Charles Borromée.
Le déroulement de la cérémonie se termine par l’impressionnante
mise à feu de l’autel : l’autel signifie le Christ (ce rocher était le Christ : I Cor. X, 4), et les 5 flammèches
entourées d’encens sont ses plaies sacrées. Leur mise à feu manifeste l’action du Saint Esprit et cette action embaume toute la chapelle. Dans son sermon, Mgr Fellay nous fait saisir ainsi l’amour que nous devons avoir pour l’autel et notre répulsion pour la table de la nouvelle
messe.
Abbé Henry Wuillod
Chronique extraite du Rocher numéro 47 - Bulletin du District de Suisse
Supérieur : Abbé Henry WUILLOUD
Prieuré Saint-Nicolas-de-Flüe
Solothurnerstrasse
4613 Rickenbach. SO
SUISSE