FEUILLES DE ROUTE DU DISTRICT DE SUISSE - Le Rocher n° 49
16 au 25 juillet 2007
« Mes souvenirs sont déjà confus, mais je ne me souviens plus guère, pourquoi
faire un camp VTT (vélo tout terrain
pour les non-initiés) ? » C’étaient les premières pensées, ce lundi 16 juillet, sous le soleil merveilleux mais brûlant qui nous accompagnait pour la dure montée vers le col de la Furka : oui pourquoi, alors que tous les muscles criaient grâce, les crampes apparaissaient déjà, et qu'en plus il fallait soutenir le moral des plus lents. Oui, pourquoi ? car, non pas que ce soit un sport dangereux en soi, l’accident
est si vite arrivé, pensais-je en descendant les lacets de la route du col, qui surplombent des pentes qui dévalent sur des centaines de mètres.
Pas le droit à la faute, pas le droit à l’erreur, alors je dois m’égosiller pour faire rentrer dans le rang les téméraires qui ne rêvent que d’une folle chevauchée descendante. Ah, Seigneur, et dire que certains m’ont souhaité de bonnes vacances avant notre départ ! Mais le Bon Dieu est avec nous, nous n’aurons pas de gros pépins, sauf une fois, un grand dadais,
épris de son compteur de vitesse, le regarda : « pour voir à combien il allait ! » et qui vit sa trajectoire se terminer
dans la splendide flore alpestre. Il eut de la chance, il fut tatoué par une gentiane, alors que cela aurait pu être le dur granit ; cela servit de leçon pour tous.
Une autre chute, il est vrai, aurait pu aussi mal tourner, sur un petit chemin, une indolente marmotte se mit à courir en tout sens, et fit perdre l’équilibre
à un gentil cycliste qui ne voulut pas s’essayer à la chasse à vélo. Nous, on n'aurait pas dit non !
A vrai dire nous n’avons guère pris de pistes cyclables, notre vélo changeait quelquefois de condition : de transporteur, il devenait transporté. D’ailleurs cela nous valut quelques inimitiés de randonneurs jaloux de leur statut de “pédestres”, voyant d’un mauvais oeil ce nouveau genre de créatures sur leurs lieux de passage réservés ou d’autres encore tout attendris par les efforts demandés à notre jeune bande qui ne purent s’empêcher de me dire : « Monsieur, c’est vous le responsable
de ce groupe, eh bien, Sie sind kriminell ! » (« Vous êtes un criminel »). Cette phrase nous a bien fait rire, et les jeunes ne pouvaient plus s’empêcher de la dire à chaque difficulté que nous avons gravie.
Nous avons été bien heureux pourtant, dans ces hauteurs, à côtoyer la beauté des Alpes : le Haut-Valais, puis la région d’Andermatt, le Haut-Rhin puis passage vers le Tessin jusqu’à Bellinzone
sous la cuisante chaleur, montée torride vers le Val St Antonio, passage sur l’Italie par les lacs de Côme et de Mezzola, au bord duquel nous avons dormi.
Lorsque je dis nous, j’excepte les adolescents, car je ne sais si c’est la contagion du farniente italien, mais ils eurent la flemme de monter leur tente… et mal leur en prit, car au bord du lac campe également une nuée de moustiques. Au milieu des claques qu’ils assénèrent, on put entendre
quelques mots pas très gentils sur ces créatures du Bon Dieu. Celui qui a dit que les voyages forment la jeunesse ne s’est pas trompé, ils ont appris quelque chose !
Mais nous approchons
du terme, mais il faut encore remonter
la longue vallée de Bregaglia, où se dispute un contre-la-montre acharné. Nous poussons encore nos vélos à travers le col de Septimer,
un des cols les plus importants des Alpes depuis l’époque romaine jusqu’à la fin du Moyen-Age, et qui vit passer plusieurs empereurs et princes ; aujourd’hui ce n’est plus qu’un passage pédestre et il ne reste plus que certains tronçons de route romaine.
Nous approchons toujours plus de Ziteil, qui est notre but, car c’est notre “la Salette” de Suisse. Ici la Vierge Marie est apparue
à plus de 2'300 m. à deux jeunes bergers dans les années 1580 pour demander la conversion des gens de la vallée. En parlant également de châtiments divins qui allaient survenir, notamment sur les pommes
de terre qui pourrissaient très rapidement. Les ressemblances avec la Salette sont vraiment frappantes. Aussi les Grisons sont très attachés à ce pèlerinage, et il est magnifique de rejoindre ce lieu, coeur élevé d’un pays confédéré.
Pour cette dernière
ascension, nous sommes montés à pied, en méditant un chemin de Croix, et en récitant des prières,
et on a eu droit à la pluie, la grêle, et un fort vent, mais le soleil nous accueillit au sanctuaire, il est bon le Bon Dieu ! Je crois et j’espère que nos jeunes garderont un souvenir profond de ces moments passés
ensemble là-haut, car si la vie continue, elle se retrempe de ses instants privilégiés
passés sur la montagne.
1er Août 2007
Le pèlerinage du jour de la fête nationale attire toujours plus de monde à Bourguillon, une belle jeunesse
notamment et c’est magnifique. Dommage peut-être que certaines régions aient plus de peine à se présenter,
car l’union qui fait notre force doit se réaliser concrètement, et cela à certains points importants pour notre district : Le Flüeli (dernier dimanche d’août) – ND de Bourguillon (le 1er août). A ces dates annuelles s’ajoutent,
selon les années, les premières Messes, les Jubilés, les grandes cérémonies
comme les Ordinations ou les consécrations d’église (l’année prochaine à Littau). De suivre dans la mesure du possible ces évènements ne nuit pas à l’esprit de paroisse, bien au contraire. D’ailleurs la preuve, c’est que les plus fidèles à suivre
ces pèlerinages sont bien souvent les plus fidèles à soutenir de toutes les manières leurs prieurés.
15 août 2007
Y aura-t-il des limites à nos surprises,
sur les capacités d’adaptation au monde de l’église conciliaire ? Le subjectivisme y régnant en maître, on pourra tout interpréter selon son humeur, selon qu’elle est belliqueuse
ou non. Pourtant c’est absolument
phénoménal ! Devant notre sanctuaire national d’Einsiedeln se déroule plusieurs fois par semaine près d’une quarantaine de représentations,
avec le concours de moines et des catholiques de la région, environ 300 figurants, une pièce de théâtre abominable… et je puis vous assurer que le mot n’est pas trop fort.
Il y a d’abord ce fait qui mérite
quelques considérations : que la descendance des hautes personnalités politiques chrétiennes
prend facilement le contre-pied de ses parents.
A Einsiedeln, nous avons deux exemples remarquables
de ce dévoiement.
Tout d’abord le metteur en scène, Thomas Hürlimann qui fit une partie de ses études à l’abbaye d’Eisiedeln elle-même, et qui se flatte d’être athée, est le fils d'Hans Hürlimann (1918-1994), conseiller fédéral chrétien conservateur de 1973 à 1982. Une autre figure, encore plus navrante, est celle de ce moine de septante-huit ans apparaissant sur scène sous une figure féminine ; il est, lui, le fils de Philipp Etter (1891-1977), conseiller fédéral chrétien conservateur de 1934 à 1959. Ce dernier a écrit une vibrante histoire sur la victoire catholique de Kappel, et de la bienveillante sauvegarde
de Notre Dame du Gubel. Pour caricaturer quelque peu, on pourrait dire : on peut tout prendre du père, mais tout fuir du fils !
Deuxièmement, la pièce elle-même est une suite de blasphèmes, de dérisions envers notre religion. Je n’en donnerai qu’un exemple : un prêtre prie Dieu pour que les gens d’Einsiedeln soient sauvés, et il le fait à la manière d’Abraham : « Seigneur, si il y a au moins 12 justes, libère-nous de la chute ! » Et à ce moment-là, 12 personnes vêtues comme des moines
mais en rouge, apparaissent, et le prêtre dit à Dieu soulagé : « Vois, il y en a douze ! » mais ceux-ci se mettent à rire : « Quoi, nous, des justes ! ah ah ah ! Nous te louons, Lucifer ! » Alors le prêtre perd l’espérance et se met à crier vers le Ciel : « Et toi, là-haut, aimes-tu la souffrance ». C
ette image du prêtre tournant sa rancoeur vers Dieu est abominable, on détruit tout, de manière même pas subtile, mais terriblement perverse. C’est la marque de Satan lui-même, qui est “celui qui désespère” par excellence. Et donner cette image du prêtre, qui est le symbole de l’espérance chrétienne, portant nos peines vers Dieu et répandant les dons du Seigneur, c’est vouloir pernicieusement mettre l’esprit de l’enfer dans le coeur des chrétiens. Il y aurait trop à dire sur les insultes contre la Sainte Eucharistie, la Sainte Vierge, le pèlerinage, etc.
Il nous fallait donc réagir ! L’honneur
de Dieu et de la religion exigeait réparation.
En l’absence des autorités ecclésiastiques du pays, la Fraternité, une nouvelle fois, a dû se mettre en avant. Elle le fit simplement, par une belle procession où la jeunesse brilla par sa présence : environ 500 personnes répondirent à l’appel de l’abbé Bayer et vinrent apporter leurs supplications aux pieds de la Vierge Noire. Notre-Dame d’Einsiedeln, protégez la Suisse !
25 et 26 août 2007
Etre de la Tradition n’est pas toujours facile, nos pauvres familles sont bien sollicitées… tous les jours de fêtes, ils pourraient les passer en pèlerinage ! Nous savons bien que nous ne pouvons pas trop demander, tous ces déplacements avec les frais qu’ils comportent, sont bien onéreux pour beaucoup. A ce point du vue, nous étions encore nombreux pour le pèlerinage du Flüeli, mais il me semble
que la Romandie boude quelque peu notre Saint Protecteur. Serait-il devenu suranné ou un substitut ? Il est pourtant capital de nous tourner vers ce Chef pour qu’il veuille bien reprendre
la conduite du pays, les autres sont devenus tellement écervelés, comme fous, ils nous précipitent vers les abîmes.
Je crois bien nécessaire, que la jeunesse vienne pour cette nuit de prière. Nous devons re-susciter ce besoin de nous jeter à genoux pour implorer les secours d’En-Haut, et la prière des Confédérés est magnifique
à cet effet. Prier en commun, les bras en croix ou élevés, à genoux ou debout, alors que les paupières ne demandent que de s’affaisser, en méditant principalement sur la vie du Christ, eh bien, cela nous unit à la prière des solitaires, des moines à travers tous les siècles de l’Eglise.
Vivement l’année prochaine, pour le mettre en pratique.
Surtout que nous allons retourner au Flüeli, où nous avons déjà pu louer la salle pour le dernier dimanche d’août à quelques mètres du Ranft. On sera ainsi mieux au coeur de notre Patrie. Confédérés, laissez battre votre
coeur !
Abbé Henry Wuillod
Chronique extraite du Rocher numéro 49 - Bulletin du District de Suisse
Supérieur : Abbé Henry WUILLOUD
Prieuré Saint-Nicolas-de-Flüe
Solothurnerstrasse
4613 Rickenbach. SO
SUISSE