L’Eglise attache une telle importance
à la Messe qu’elle impose à
tous les chrétiens qui n’en sont pas
empêchés d’y assister tous les dimanches et les fêtes
d’obligation, et ce dès l’âge de raison. Ce précepte
ecclésiastique se comprend lorsque l’on se penche sur la
valeur et l’efficacité du saint Sacrifice de la Messe.
Essayons de creuser un peu ce sujet, en nous appuyant
sur un excellent ouvrage du Docteur Nicolas Gihr : Le
saint Sacrifice de la Messe (Lethielleux, Paris, 1899, en
2 vol).
La valeur d’un sacrifice repose d’abord sur la
qualité et la dignité de la victime. Plus la victime sera
précieuse, plus le sacrifice sera grand. A la messe,
comme sur la croix, c’est Notre
Seigneur lui-même qui est offert :
son corps, son sang, son âme et sa
divinité. Cette hostie est donc revêtue
d’une dignité infinie.
Il nous faut ensuite considérer
la qualité de celui qui offre le
sacrifice. Or le sacrificateur, le prêtre
principal de la Messe reste
Notre Seigneur lui-même. Le prêtre trop humain que
nous voyons à l’autel n’agit qu’en la personne du Christ,
humanité de surcroît pour Notre Seigneur qui lui permet
de continuer sur l’autel son offrande parfaite à son Père.
Comme l’écrit le Docteur Girh :
" Cette dignité de la
sainte Messe repose sur la grandeur et la sainteté de
notre Sauveur, en tant qu’il s’offre et qu’il est offert
encore aujourd’hui ».
Si donc l’on examine le sacrifice eucharistique en
soi, c’est-à-dire la divinité du prêtre et de l’hostie, et les
richesses incommensurables de la croix déposées dans
cette offrande, il est évident qu’il possède une valeur
absolument infinie.
Nous pouvons considérer ensuite la valeur de la
Messe suivant les résultats réellement produits par ce
sacrifice infiniment parfait par nature.
Voyons tout d’abord les résultats de la Messe par
rapport à Dieu, à qui elle est offerte. Cette relation du
sacrifice à Dieu demeure toujours la première et la plus
essentielle. La Messe est avant tout un acte de religion
offert à Dieu. Les liturgistes modernes se trompent lourdement
lorsqu’ils mettent au premier plan l’instruction
des fidèles, inversant les fins de la Messe, avec toutes
les réformes que l’on sait : invasion du vernaculaire,
petites chansonnettes indigentes, autel (table conviendrait
mieux) tournée vers les petits
restes du Peuple de Dieu. Non, la
Messe est d’abord un culte rendu à
Dieu. Elle glorifie Dieu non seulement
comme sacrifice latreutique et
eucharistique, mais aussi par sa
valeur expiatoire et propitiatoire,
car Dieu est aussi bien honoré par
l’homme qui apaise sa justice et
cherche à toucher sa miséricorde, que par celui qui rend
hommage à sa majesté et le remercie des bienfaits reçus.
La Messe rend à Dieu un culte infiniment précieux. Le
Père Garrigou-Lagrange expose la même doctrine dans
son ouvrage Le Sauveur et son amour pour nous :
«
Ainsi est perpétué en substance l’adoration, la réparation,
et le Consummatum est du sacrifice de la Croix. Et
cette adoration, qui monte ainsi vers Dieu de toutes les
messes quotidiennes, retombe en quelque sorte en rosée
féconde sur notre pauvre terre pour la fertiliser spirituellement
».
Par rapport à nous, la sainte Messe a pour but
notre sanctification et notre salut, elle est pour nous une
source de grâces où nous puisons les bénédictions célestes.
Si la Messe a une valeur infinie parce qu’elle renouvelle
l’immolation de la croix, elle produit dans notre
âme des effets qui restent finis et limités. Le Docteur
Girh distingue une limitation intensive et une autre
extensive.
La limitation intensive des effets de la Messe
pour notre âme signifie que notre âme ne reçoit pas une
dose infinie de grâces à la Messe, mais une quantité
finie, car elle n’est qu’une créature limitée. Cette doctrine
est confirmée par la pratique de l’Eglise qui permet
d’offrir à plusieurs reprises la sainte Messe à une même
intention. Si le sacrifice eucharistique appliquait des
fruits de salut infinis aux âmes, il suffirait d’une seule
Messe pour telle intention donnée. Cette limitation
intensive des fruits de la Messe vient également de la
volonté de Notre-Seigneur d’appliquer progressivement
au cours des siècles les richesses de la Rédemption.
Laissons la parole à notre auteur :
« De même que
nous devons toujours prier, ainsi le sacrifice doit toujours
être offert pour que nous en retirions les grâces
que nous désirons. Dieu l’a voulu, parce que l’oblation
perpétuelle de la victime sainte contribue plus puissamment
à sa gloire et à notre salut ».
La limitation extensive signifie qu’une Messe
offerte pour une seule personne en particulier lui attirera
plus de grâces que si la Messe était offerte en même
temps pour d’autres personnes. Une Messe pour une
âme du purgatoire la soulagera davantage qu’une Messe
pour toutes les âmes du purgatoire. Par contre, que les
assistants à la Messe soient peu nombreux ou au
contraire très nombreux ne change rien aux grâces spéciales
réservées à ceux qui assistent à la Messe. Notons
que le Père Garrigou-Lagrange ne partage pas ce qui
n’est qu’une opinion théologique de certains auteurs. Il
expose le principe selon lequel l’influence d’une cause
universelle n’est limitée que par la capacité des sujets
qui la reçoivent :
« Ainsi le soleil éclaire et réchauffe
sur une place aussi bien mille personnes qu’une seule.
Or le sacrifice de la Messe, étant substantiellement le
même que celui de la Croix, est par manière de réparation
et de prière, une cause universelle de grâce, de
lumière, d’attrait et de force. Son influence sur nous
n’est donc limitée que par les dispositions ou la ferveur
de ceux qui la reçoivent […] Comme le dit saint
Thomas, de même qu’on reçoit davantage la chaleur
d’un foyer suivant qu’on s’en approche, ainsi nous
bénéficions d’autant plus des fruits d’une messe que
nous y assistons avec plus d’esprit de foi, de confiance
en Dieu, d’amour et de piété ».
En conclusion, nous pouvons affirmer que la
Messe est un sacrifice d’une valeur infinie de par l’hostie
immolée et le prêtre, qui est Jésus-Christ, vrai Dieu
et vrai homme, qu’elle rend à Dieu un culte infiniment
parfait mais que les fruits que nous en retirons sont limités
de par nos dispositions intérieures. Il ne nous reste
plus qu’à faire preuve d’une grande générosité pour
assister le plus souvent possible à la Messe et y communier
afin de nourrir régulièrement notre âme durant ce
long pèlerinage terrestre. Les saints ne se sont pas sanctifiés
autrement que par la Messe et la communion.
En bref, dimanche ou semaine, la chapelle ne
devrait pas désemplir lorsqu’il s’agit de la Messe.