Ce ne sont pas les savants, mais les saints, qui ont défendu la Tradition.
Par l'abbé Jean-Baptiste Frament
Mgr Lefebvre nous avait prévenu avant de nous quitter
pour le ciel : « Il faut vous préparer à un long combat ». Effectivement
le combat dure, se prolonge, se complexifie même et
le champ de bataille peut parfois sembler étrangement confus à
certains.
La tentation de facilité se déguise alors en tentation de simplicité
: tout serait tellement plus facile si les choses étaient simples,
s'il n'y avait que deux camps bien partagés : il y aurait
les bons et les méchants. Nous serions les bons, ils seraient les
méchants et tout serait tellement plus sécurisant. Mais dans
l'évolution de la crise aujourd'hui, il y a de quoi en perdre son
latin, avouez ! Entre la Fraternité Saint-Pie X qui résiste toujours
à l'envahisseur moderniste et repousse sagement les
avances d'un accord pratique, les « Saint-Pierre » qui essayent
ne pas se faire aspirer dans les diocèses par la nouvelle messe,
la bande de copains du « Bon Pasteur » qui croit retrouver un
« grand saint Pie X » en un pape qui vient de recevoir la bénédiction
du rabbin, le « Christ-Roi » qui se fait tout petit pour ne
pas prendre un mauvais coup, les cavaliers seuls qui tentent
leur chance dans leur coin, et maintenant les « motu proprio »
qui se mettent à dire la bonne messe dans un contexte douteux,
. et tous les autres encore ., comment s'y retrouver ?
Oui, la tentation de facilité peut se présenter sous cette
forme : « C'est trop compliqué pour moi, simple fidèle », « Je
n'ai pas la théologie suffisante pour m'y retrouver dans ce labyrinthe », « Après tout, pourvu qu'on ait la bonne messe » .
Bref, toute cette crise serait une affaire de savants théologiens,
mais le Bon dieu n'en demanderait pas tant aux simples fidèles
: les « petites âmes » devraient se contenter de souffrir et de
se sanctifier dans leur coin, sans prendre parti, en attendant que
la situation s'éclaircisse.
Comme nous l'avons dit, c'est une tentation. Tentation de
découragement, de lassitude. La durée du combat n'est pas une
invitation à baisser les bras, au contraire ! Nous devons prendre
les moyens de tenir dans la durée et d'éviter justement ce
genre de tentation.
Un de ces moyens est de répondre à ce faux raisonnement et
de rappeler que ce ne sont pas les savants, les grands théologiens,
qui ont défendu la tradition, mais les saints. C'est l'amour
de Dieu et de son Eglise qui a décidé nos anciens à se
battre pour défendre la Foi catholique. Et parmi eux il y avait
justement de nombreuses « petites âmes », ces âmes simples,
possédant bien leur catéchisme et animées d'un grand amour
de Dieu et du prochain. Ce sont elles qui ont soutenu et alimenté
ce combat. Certes, elles ont été guidées par ce grand
évêque que la Providence nous avait préparé en la personne de
Mgr Lefebvre, mais c'est bien leur esprit de foi et leur sens de
l'Eglise qui les ont guidées vers lui. Pour y voir clair, il n'a pas
tant fallu de savants raisonnements, mais seulement l'authentique
« sensus fidei », l'esprit de foi, le sens de la foi
(l'authentique, pas celui galvaudé par quelques laïcs indépendants
qui se posent en censeur de la Fraternité).
Je prendrai pour exemple ce commentaire venu de l'autre
bout du monde, la Nouvelle-Calédonie. Lors des affaires bordelaises,
un agité avait tenté d'exporter le ferment de contestation
sur l'île. Il s'était simplement entendu répondre : « Mais
là-bas (en Métropole), ces prêtres désobéissent ! ». Ces fidèles
Caldoches n'étaient pas docteurs en Théologie pour les Temps
de Crise. Mais ils ont la foi, ils refusent au quotidien la facilité
et les erreurs de l'église conciliaire et ils savent distinguer une
désobéissance légitime, quand la foi est en jeu, du désir d'indépendance
de prêtres en mal de faire parler d'eux.
Pour répondre plus profondément encore à cette question,
relisons ces extraits de Mgr de Castro-Mayer, tirés de sa
« Lettre Pastorale sur les Problèmes de l'Apostolat Moderne »
donnée en préface à son « Catéchisme de vérités opportunes
qui s'opposent aux erreurs contemporaines » :
"Ainsi, avant tout, montrez que, par sa nature propre, la
Foi ne se contente pas de ce que quelques-uns appellent
ses lignes générales, mais exige l'intégrité et la
plénitude de soi.
Afin de vous faire comprendre, donnez comme exemple
la vertu de chasteté. A son égard, toute concession
prend un caractère de tache sombre et toute imprudence
la met tout entière en danger. On a pu comparer
l'âme pure à une personne debout sur une sphère; tant
qu'elle conserve sa position d'équilibre, elle n'a rien à
craindre, mais toute imprudence de sa part peut la
faire glisser au fond de l'abîme. Et c'est pourquoi les
moralistes et les auteurs spirituels sont unanimes à affirmer
que la condition essentielles à la conservation d'une
vertu angélique est une prudence vigilante et intransigeante.
On peut en dire tout autant en matière de Foi. Tant
que le catholique se place sur le point d'équilibre parfait,
sa persévérance sera sûre et facile. Or, ce point d'équilibre
ne consiste pas dans l'acceptation de quelques
lignes générales de Foi, mais dans la profession de
toute la doctrine de l'Eglise; profession faite, non du bout
des lèvres, mais avec l'âme tout entière, impliquant l'acceptation
loyale et cohérente, non seulement de ce que
le Magistère lui enseigne, mais encore de toutes les
conséquences logiques de cet enseignement. Pour ce
faire, il est nécessaire que le fidèle possède cette
Foi vive pour laquelle il est capable d'humilier sa
raison personnelle devant le Magistère infaillible et
de discerner avec pénétration tout ce qui, directement
ou indirectement, s'oppose à l'enseignement
de l'Eglise. Mais s'il abandonne tant soit peu cette position
de parfait équilibre, il commence à sentir l'attraction
de l'abîme. Et c'est pourquoi, poussé par la prudence
et dans l'intérêt du troupeau à Nous confié, Nous
vous adressons, fils bien-aimés, cette Lettre Pastorale
sur l'intégrité de la Foi.
A cet égard, il convient d'insister encore sur un point
souvent oublié de la doctrine de l'Eglise. Qu'on ne
pense pas qu'une Foi aussi éclairée et robuste
soit le privilège des savants, de telle sorte qu'on ne
puisse recommander qu'à ceux-ci la position d'équilibre
idéal décrite ci-dessus. La Foi est une vertu et,
dans la Sainte Eglise, les vertus sont accessibles
à tous les fidèles, ignorants ou savants, riches ou
pauvres, maîtres ou élèves. L'hagiographie chrétienne
en est une preuve. Sainte Jeanne d'Arc, ignorante
bergerette de Domrémy, confondait ses juges par
la sagacité avec laquelle elle répondait aux arguties
théologiques dont ils se servaient pour l'induire en propositions
erronées et justifier ainsi sa condamnation à
mort. Saint Clément-Marie Hofbauer, au XIX° siècle,
humble travailleur manuel, qui assistait, par goût, au
cours de théologie de l'illustre Université de Vienne, discernait
dans un de ses maîtres le ferment maudit du jansénisme,
qui échappait au discernement de tous ses élèves
et des autres professeurs. « Je vous remercie, ô
Père, Seigneur du Ciel et de la Terre, de ce que vous
avez caché ces choses aux sages et aux prudents, et les
avez révélées aux petits » (Luc X 21).
Pour que nous
ayons un peuple ferme et logique dans la Foi, il n'est pas
nécessaire que nous en fassions un peuple de théologiens.
Il suffit que celui qui aime profondément
l'Eglise s'instruise des vérités révélées selon son niveau
de culture générale et possède les vertus de
pureté et d'humilité nécessaires pour réellement
croire, comprendre et goûter les choses de Dieu.
De même, pour que nous ayons un peuple vraiment pur, il n'est pas nécessaire de faire de chaque fidèle un
moraliste. Les principes fondamentaux et les connaissances
essentielles à la vie courante, dictés, en grande partie,
par la conscience chrétienne bien formée, sont suffisants.
C'est ainsi que nous voyons, très souvent, des personnes
ignorantes qui ont un jugement, une prudence et
une élévation d'âme supérieurs à ceux de bien des
moralistes de science consommée."
Ces lignes magnifiques nous rappellent avec force que si la
science est utile, c'est avant tout la vie selon l'esprit de foi qui
fait les saints. Cette même foi professée et vécue dans son
intégralité a permis, et permettra encore avec la grâce de
Dieu, la résistance de la Tradition au poison des nouveautés.
Que l'esprit de foi qui animait notre vénéré fondateur, Mgr
Marcel Lefebvre, nous maintienne paisiblement fidèle dans le
combat pour l'Eglise. Que la vaillance d'âme de ces élites soit
pour nous un exemple. Ils ont été nos glorieux Pères. Montrons
nous leurs dignes fils.
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Rome et la FSSPX : sanctions, indults, Motu proprio, levée des excommunications, discussions doctrinales...
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La Porte Latine vous propose la carte de France des écoles de Tradition sur laquelle figurent les écoles de garçons, de filles et les écoles mixtes. Sont mentionnées les écoles de la FSSPX et des communautés amiesVoir ICI